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Bunia : en prison, des détenues se forment à un nouveau destin

Dans l’enceinte carcérale de Bunia, un murmure d’espoir a rompu le silence des murs gris. « Ici, on apprend à vivre à nouveau », confie, d’une voix tremblante d’émotion, une détenue dont les mains, autrefois vides, façonnent désormais avec habileté les fibres d’un panier. Samedi 21 février, un groupe de dizaines de femmes et de jeunes filles incarcérées a bouclé un parcours de formation singulier, une bouée de sauvetage jetée au milieu de l’océan de l’exclusion. Cette initiative, née de la volonté de l’ONG SOFEPADI et soutenue par la Police d’appui à l’administration pénitentiaire de la MONUSCO, pose une question fondamentale : la prison doit-elle seulement punir, ou peut-elle aussi reconstruire ?

Au-delà des barreaux et des portes verrouillées, le programme déploie une approche holistique ambitieuse. Car comment envisager un avenir serein lorsque le passé est une plaie ouverte ? Pour beaucoup de ces femmes, l’incarcération est le point d’orgue d’un parcours chaotique, souvent marqué par des violences subies ou commises. Une prise en charge psychologique a donc constitué le premier pilier de cet accompagnement. « Certaines consommaient des drogues pour oublier, pour échapper au poids de leurs traumatismes. Nous travaillons à leur donner d’autres outils pour affronter leur réalité », explique un membre de l’équipe SOFEPADI. Cette dimension est cruciale dans une région comme l’Ituri, où les cycles de violence ont laissé des traces profondes dans les mentalités. Sans ce travail sur soi, quelle réinsertion sociale serait possible ?

Le deuxième pilier, tout aussi essentiel, est l’autonomisation économique. La majorité des bénéficiaires ont un niveau d’études limité, une situation qui les rendait particulièrement vulnérables avant et qui pourrait les condamner après leur libération. La formation aux métiers, notamment la vannerie et la pâtisserie, a donc une portée qui dépasse la simple occupation. Il s’agit de semer les graines d’une future activité génératrice de revenus. « Apprendre à pétrir une pâte ou à tresser un panier, c’est retrouver une utilité. C’est se dire qu’on pourra peut-être nourrir ses enfants sans dépendre de qui que ce soit à la sortie », témoigne une participante. Cette dimension pratique de la formation détenues Bunia vise à briser le cercle vicieux de la pauvreté et de la récidive.

Enfin, le troisième volet, juridique, s’attaque aux lourdeurs d’un système judiciaire souvent impénétrable. Un accompagnement spécifique a été dispensé pour le suivi des dossiers et l’accélération des procédures. Cet aspect est fondamental dans un contexte où la détention préventive prolongée reste un défi majeur en RDC. Pouvoir comprendre sa situation, connaître ses droits, faire avancer son cas : autant d’éléments qui restaurent une part de dignité et de contrôle sur son propre destin pour ces détenues.

Le directeur de la prison de Bunia salue cette initiative, rappelant que la réinsertion sociale Ituri est une mission essentielle, bien que souvent négligée par manque de moyens. L’action de la SOFEPADI prison comble ainsi un vide criant. Mais cette belle mécanique peut-elle résister à la dure réalité post-carcérale ? La vraie bataille commence après la libération, face aux préjugés tenaces, à la difficulté de trouver un emploi, au regard accablant de la communauté. L’accompagnement psychologique carcéral doit idéalement se prolonger en dehors des murs pour être pleinement efficace.

Cette initiative démontre pourtant qu’une autre voie est possible. En initiant ces femmes à des métiers en prison RDC, en pansant leurs blessures invisibles et en les guidant dans le labyrinthe juridique, on ne prépare pas seulement leur sortie. On répare, petit à petit, le tissu social déchiré de l’Ituri. La prison devient alors non plus seulement un lieu d’enfermement, mais un espace paradoxal de reconstruction. La question demeure : ces programmes novateurs resteront-ils l’exception, ou deviendront-ils la règle dans un système pénitentiaire congolais à bout de souffle ? L’avenir de ces femmes, et peut-être d’une partie de la paix sociale dans la région, en dépend.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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