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Kasaï-Central : Les châteaux d’eau de Demba sortent enfin de leur long silence

Chaque matin avant l’aube, le pas pesant, Marie Puati parcourt près de trois kilomètres, une bassine vide en équilibre sur la tête. Son trajet, partagé par des centaines de femmes de Bena Leka, dans le territoire de Demba, est une course quotidienne contre la soif, vers une source boueuse et souvent contaminée. « L’eau, ici, c’est notre croix », lâche-t-elle, la fatigue au coin des yeux. Cette réalité poignante, vécue dans de nombreuses communautés du Kasaï-Central, pourrait enfin connaître un tournant. Après une longue année de silence inquiétant, les grues et les ouvriers sont réapparus sur les chantiers de trois châteaux d’eau, redonnant un fragile espoir à toute une région assoiffée.

La reprise des travaux, intervenue un vendredi de février, n’est pas un simple redémarrage d’engins. Elle symbolise la résurrection d’un projet vital : le Projet de Renforcement des Infrastructures Socio-Économiques (PRISE), financé par la Banque africaine de développement (BAD). Cet ambitieux programme, dont le taux d’exécution global avoisine les 70%, vise à combler un déficit criant en offrant un accès à l’eau potable durable aux populations de Demba et de ses environs. Comment une infrastructure aussi essentielle a-t-elle pu être paralysée si longtemps ? La réponse mêle embûches administratives et réalités sociales rudes.

Sur le terrain, l’état d’avancement dessine une carte en demi-teinte, reflet des difficultés rencontrées. À Zapo-Zapo, le château d’eau est terminé, majestueux et inutile, attendant la simple mise en service qui libérera son flot salvateur. Dans la commune rurale de Demba, le squelette métallique de l’ouvrage se dresse progressivement, tandis que les tuyaux, déjà enfouis, patientent en silence. À Bena Leka, c’est l’inverse : la tour est achevée, mais le réseau de distribution, lui, fait toujours défaut, laissant les habitants comme Marie dans leur attente infinie. L’ingénieur en charge du projet assure que tous les matériaux manquants sont désormais sur site, une condition sine qua non pour espérer achever ces travaux d’infrastructure eau en RDC.

« Cette relance est un soulagement, mais la vigilance reste de mise », prévient Marcel Masanka, coordonnateur territorial de la Nouvelle Société civile congolaise de Demba. Son propos tempère l’enthousiasme. Il se réjouit de voir ces ouvrages répondre enfin à une crise persistante, mais son appel à la « responsabilité de tous » sonne comme un avertissement. Le chemin a été semé d’embûches : suspension du chantier due à des retards de financement du gouvernement central, vols répétés de matériaux sur les sites et un manque d’implication criant de certaines autorités locales. Ces obstacles rappellent à quel point la réalisation de projets d’intérêt public en RDC reste un parcours semé d’embûches.

Cette reprise du chantier eau à Demba pose une question fondamentale : celle de la pérennité. La population, meurtrie par des années de promesses non tenues, peut-elle croire que cette fois sera la bonne ? L’achèvement de ces châteaux d’eau Demba ne sera une vraie victoire que si l’eau coule de façon fiable dans les robinets et les bornes-fontaines. Le projet PRISE BAD représente bien plus qu’une ligne budgétaire ; il est un test pour la capacité des institutions et des communautés à travailler main dans la main pour un bien commun essentiel. L’enjeu dépasse la simple construction ; il s’agit de restaurer la confiance et d’offrir un droit fondamental à des milliers de Congolais.

Alors que les coups de marteau résonnent de nouveau, l’espoir renaît timidement à Demba. Mais derrière l’avancée technique se cache un défi plus profond : transformer cette infrastructure en service durable. La soif de la population n’est pas seulement physique ; elle est aussi une soif de gouvernance transparente et de redevabilité. Le suivi attentif de la société civile, comme celui exercé par Marcel Masanka, sera crucial pour s’assurer que les erreurs du passé ne se reproduisent pas. Dans la lutte pour l’accès eau potable Kasaï-Central, chaque jour de retard est un jour de trop pour des familles contraintes de boire une eau douteuse. La reprise des travaux est un premier pas, essentiel. Le prochain, décisif, sera de faire en sorte que l’eau, source de vie, ne soit plus une source d’angoisse.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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