« Depuis des années, nous parcourons des kilomètres pour trouver un point d’eau, souvent insalubre. Nos enfants sont malades, nos journées sont volées par cette corvée. » Ce témoignage d’une mère de famille de la commune rurale de Demba, dans le Kasaï-Central, résume la détresse quotidienne de milliers d’habitants. Vendredi 20 février, un souffle d’espoir a pourtant parcouru la région avec la reprise tant attendue des travaux de construction de trois châteaux d’eau. Après une année d’arrêt forcé, ces infrastructures clés, dont le taux d’exécution global est déjà estimé à 70%, ont retrouvé leur dynamisme.
Financé par la Banque africaine de développement (BAD) dans le cadre du Projet de Renforcement des Infrastructures Socio-Économiques (PRISE), ce chantier vital vise à améliorer l’accès à l’eau potable dans le territoire de Demba. Mais au-delà des tuyaux et du béton, c’est la dignité de toute une population qui est en jeu. La réalité sur le terrain est contrastée, comme le révèle l’état d’avancement des travaux. À Zapo-Zapo, le chantier est entièrement terminé, n’attendant plus que sa mise en service pour libérer les premiers flots d’eau propre. Dans la commune rurale de Demba même, le réseau de distribution est posé, mais la structure du château d’eau, symbole de cette future autonomie, prend encore forme. Enfin, à Bena Leka, c’est l’inverse : la tour est achevée, majestueuse et inutile, dans l’attente des conduites qui doivent acheminer la précieuse ressource vers les foyers.
« Tous les matériaux qui faisaient défaut sont désormais disponibles sur les différents chantiers », affirme l’ingénieur en charge du projet, une déclaration qui sonne comme une promesse après une période d’incertitude. Car l’histoire récente de ce projet, lancé en 2024 pour une durée d’un an, est émaillée d’embûches. Le retard de financement du gouvernement central, des vols répétés de matériaux de construction et un manque d’implication criant de certaines autorités locales avaient conduit à une suspension des travaux, laissant les populations dans un désarroi profond. Comment expliquer que des ouvrages aussi essentiels puissent être laissés en plan, victimes de la négligence ou de la malveillance, alors que des familles entières souffrent de la soif ?
Marcel Masanka, coordonnateur territorial de la Nouvelle Société civile congolaise de Demba, voit dans cette relance une lueur d’espoir. « Ces ouvrages viennent répondre à une crise persistante d’accès à l’eau potable dans de nombreuses communautés », se réjouit-il. Son plaidoyer va cependant au-delà de la simple observation. Il lance un appel pressant à la responsabilité collective. « Il faut garantir l’achèvement des travaux et assurer enfin un accès durable à l’eau potable pour la population de Demba », insiste-t-il, conscient que la fin du chantier n’est que le début du vrai défi : une gestion intègre et pérenne de ce service public fondamental.
La crise de l’eau dans le territoire de Demba est le mirour d’une problématique plus large en République Démocratique du Congo. Elle interroge la capacité de l’État à concrétiser ses promesses de développement et à prioriser les besoins les plus élémentaires de ses citoyens. Ces travaux d’infrastructure pour l’eau en RDC, symbolisés par les châteaux d’eau de Demba, sont bien plus qu’une simple réalisation technique. Ils représentent un droit fondamental, celui de vivre en bonne santé et dans la dignité. La fin de la corvée d’eau pour les femmes et les enfants, la réduction des maladies hydriques, la libération du temps pour l’éducation ou d’autres activités productives : tels sont les enjeux concrets qui se jouent aujourd’hui sur ces chantiers.
Alors que les machines se remettent en marche, l’espoir renaît, mais il est teinté de vigilance. La population observe, avec une patience mise à rude épreuve, l’évolution des travaux. L’aboutissement du projet PRISE de la BAD sera-t-il la fin d’un calvaire séculaire ou un autre chantier prometteur laissé en suspens ? L’engagement de tous les acteurs – autorités, société civile et bénéficiaires – sera déterminant pour transformer cette infrastructure en un véritable service public, accessible à tous. L’eau est source de vie ; à Demba, elle pourrait aussi devenir le symbole d’un développement enfin ancré dans la réalité des besoins du peuple.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
