Alors que la République démocratique du Congo est en proie à une crise multidimensionnelle, l’attention se porte désormais sur les capitales étrangères et les déclarations des acteurs politiques nationaux. La récente prise de position bipartisan du Comité des relations étrangères du Sénat américain, appelant à une application rapide des Accords de Washington, a trouvé un écho favorable chez le président d’Ensemble pour la République, Moïse Katumbi. Depuis Bruxelles, l’ancien gouverneur a salué cette initiative, y voyant un soutien crucial à l’organisation d’un dialogue national RDC crédible et inclusif, qu’il juge essentiel pour adresser les racines du malaise congolais. Cette approche, selon lui, est le seul gage d’une stabilité durable et d’un partenariat renforcé avec les États-Unis.
Pourtant, cette vision semble entrer en collision frontale avec le cadre défini par le pouvoir en place. Le président Félix Tshisekedi, tout en reconnaissant l’impérieuse nécessité de l’unité nationale, a posé des conditions strictes pour la tenue de ce dialogue tant attendu. Il doit se dérouler sous l’égide exclusive des institutions de la République, sur le sol national, et sans remettre en question la légitimité des instances issues des urnes. Cette position, perçue comme une volonté de contrôler l’agenda et d’écarter les médiateurs traditionnels que sont la CENCO et l’ECC, dessine les contours d’une crise politique RDC où la forme l’emporte souvent sur le fond. Le chef de l’État joue-t-il ainsi une carte risquée, pariant sur un dialogue domestique pour consolider sa position tout en répondant aux pressions internationales ?
L’analyse des déclarations de Moïse Katumbi révèle une stratégie différente, axée sur l’internationalisation du dossier. En s’appuyant sur le communiqué du Sénat et la résolution H.R. 559 – qui plaide pour le respect de la limitation constitutionnelle des mandats –, le leader de l’opposition cherche à ancrer la solution de la crise dans le respect des engagements internationaux et de la loi fondamentale. Son message de gratitude envers l’administration Trump et le Congrès américain souligne une volonté de faire des partenaires étrangers des garants du processus. Cette externalisation du débat constitue-t-elle une reconnaissance des limites du jeu politique intérieur, ou une manœuvre pour contraindre le pouvoir exécutif à plus de concessions ?
Sur le terrain, cependant, les initiatives diplomatiques peinent à traduire les avancées de papier en progrès concrets. Les processus de Washington et de Doha, censés apaiser les tensions avec Kigali et les groupes armés, sont marqués par une inertie inquiétante, tandis que les provinces de l’Est s’enfoncent dans une spirale de violences. Dans ce contexte, la convocation d’un dialogue national RDC apparaît plus que jamais comme une urgence. Mais un dialogue piloté uniquement par les institutions en place peut-il prétendre à l’inclusivité et à la crédibilité exigées par la communauté internationale et une large frange de l’opposition ? La mise à l’écart des églises, historiquement perçues comme des médiatrices neutres, ne risque-t-elle pas de vider l’exercice de sa substance et d’alimenter la méfiance ?
Les positions semblent aujourd’hui irréconciliables, créant une impasse dangereuse. D’un côté, Félix Tshisekedi campe sur une défense de la souveraineté étatique et de l’acquis électoral. De l’autre, Moïse Katumbi et une partie de l’opposition instrumentalisent le levier diplomatique américain pour pousser à un dialogue plus ouvert. Les Accords de Washington, s’ils ne sont pas mis en œuvre, risquent de rejoindre la longue liste des promesses non tenues, minant un peu plus la confiance dans les solutions négociées. La prochaine étape sera décisive : le pouvoir saura-t-il intégrer les demandes de ses partenaires internationaux et de l’opposition sans perdre la face ? L’opposition parviendra-t-elle à maintenir une pression cohérente sans se fragmenter ?
La balle est désormais dans le camp des acteurs congolais. La gestion de cette crise politique RDC est un test de maturité démocratique. Elle déterminera si le pays peut, par lui-même et avec le concours de ses partenaires, trouver une voie de sortie pacifique, ou s’il continuera de s’enliser dans des postures qui, en définitive, ne profitent qu’à ceux qui tirent profit du chaos. L’appel américain, bien que significatif, ne sera qu’un vœu pieux sans une volonté politique authentique à Kinshasa. L’heure des choix a sonné, et les Congolais en paient déjà le prix fort sur les champs de bataille de l’Est.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
