En cette journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque 21 février, une question cruciale résonne dans le paysage éducatif congolais : comment préparer la jeunesse à un avenir pluriel ? Le Réseau National des Professeurs et Enseignants de Français (RENAPEF) apporte une réponse claire en incitant les jeunes à embrasser le multilinguisme. Pour son président, Jean-Bosco Puna, la maîtrise de plusieurs langues n’est plus un luxe, mais une nécessité vitale pour l’intégration et l’épanouissement au sein des diverses communautés du pays et au-delà.
À travers une conférence scientifique et culturelle organisée sous le thème « La voix de la jeunesse sur l’éducation multilingue », le RENAPEF a voulu placer les premiers concernés au cœur du débat. L’objectif est limpide : sensibiliser les jeunes au rôle central que joue la langue, qu’elle soit maternelle, nationale ou internationale, dans la construction de leur identité et de leur parcours. Mais cet appel va-t-il au-delà des bonnes intentions pour toucher aux réalités quotidiennes des familles et des salles de classe ?
Jean-Bosco Puna estime que la responsabilité est d’abord parentale. « Les parents ont un rôle majeur à jouer pour faciliter à leurs enfants l’apprentissage de plusieurs langues », affirme-t-il. Cette mission, initiée au sein du foyer, doit selon lui trouver un écho et un renforcement dans tous les espaces de socialisation : l’école, l’université, et même les institutions ecclésiastiques. Il s’agit de créer un écosystème linguistique cohérent, où le français, le lingala, le swahili, le tshiluba, le kikongo, ou encore l’anglais, ne sont pas perçus comme des connaissances en concurrence, mais comme des compétences complémentaires.
Cet appel du RENAPEF s’inscrit dans un contexte éducatif en pleine évolution. Il intervient, en effet, trois mois après une décision majeure du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle citoyenneté : l’introduction d’une épreuve orale d’anglais à l’Examen d’État dès la session 2025-2026, et ce, pour toutes les options des humanités. Cette réforme, saluée par beaucoup, vise explicitement à améliorer la maîtrise de l’anglais chez les finalistes. L’ambition est de faciliter leur transition vers l’enseignement supérieur et leur insertion dans un marché du travail de plus en plus globalisé, où la langue de Shakespeare est souvent un sésame indispensable.
Mais cette injonction à la performance en anglais ne risque-t-elle pas de marginaliser davantage les langues maternelles, pourtant socle identitaire et culturel ? Le défi de l’éducation multilingue en RDC est précisément de trouver un équilibre. Il ne s’agit pas de substituer une langue à une autre, mais de construire un apprentissage en couches successives, où la langue maternelle sert de fondation solide pour l’acquisition d’autres langues. La journée internationale de la langue maternelle nous rappelle que valoriser le kiswahili de son quartier ou le lingala de sa famille, c’est aussi se donner les outils cognitifs pour apprendre plus efficacement le français ou l’anglais.
Pour les jeunes et les langues en RDC, l’enjeu est donc double. D’un côté, se réapproprier et fièrement pratiquer les langues du terroir, véhicules d’une histoire et d’une culture riches. De l’autre, s’ouvrir résolument aux langues de la communication internationale, leviers pour les études, l’emploi et le dialogue avec le monde. Le RENAPEF et la langue maternelle défendent cette vision inclusive. La maîtrise de plusieurs codes linguistiques devient un « atout » fondamental, une forme de capital qui augmente l’agilité intellectuelle et les opportunités sociales et professionnelles.
Reste la question des moyens. Comment mettre en œuvre cet idéal d’apprentissage des langues au Congo dans un système éducatif déjà confronté à d’immenses défis logistiques et pédagogiques ? La formation des enseignants, la disponibilité des matériels didactiques adaptés et une politique linguistique claire et volontariste seront les clés de voûte de cette ambition. Les paroles de Jean-Bosco Puna sonnent comme un signal : l’heure n’est plus au débat théorique, mais à l’action concertée de tous les acteurs – famille, école, État – pour offrir à la jeunesse congolaise les armes linguistiques dont elle a besoin pour construire son avenir, ici et ailleurs.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
