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Aru : la colère des enseignants contre les irrégularités de paiement de Rawbank

Imaginez-vous, enseignant dans le territoire reculé d’Aru, à plus de 200 kilomètres de Bunia. Après un mois de travail acharné, vous vous rendez au distributeur de votre banque, la Rawbank, pour retirer votre salaire de janvier. À la place des francs congolais attendus, l’écran affiche un solde nul, un montant amputé, ou pire, une somme erronée. C’est le calvaire vécu par des dizaines d’éducateurs, pris au piège d’un système de paiement qu’ils jugent défaillant et source d’une profonde injustice sociale.

« Le système de paie mis en place par la Rawbank est très mauvais, parce que ça fait souffrir les enseignants », lance, la voix chargée de frustration, un représentant du corps enseignant. Son témoignage, recueilli par notre rédaction, résume la colère qui gronde dans cette partie de la province de l’Ituri. Le paiement du mois de janvier accuse un retard de près de deux semaines, plongeant des familles entières dans l’incertitude. Certains agents affirment avoir vu leurs comptes débités de sommes inexpliquées, tandis que d’autres constatent, impuissants, que leur carte bancaire reste désespérément vide. Paradoxalement, une minorité a reçu des montants supérieurs à ce qui était dû, ajoutant à la confusion générale et à l’impression d’un système totalement déréglé.

Face à ce chaos financier, les revendications sont claires et unanimes. Les enseignants exigent la suspension immédiate de ce système bancarisé et un retour au paiement manuel, jugé plus fiable et transparent. « Qui dit bancariser veut dire on introduit la carte, et l’argent sort de la machine, si l’on vient avec l’argent à côté, ça, c’est manuel », argue le porte-parole. Ils réclament également, et avec urgence, la régularisation des comptes de tous ceux qui ont subi des prélèvements indus et une solution pour ceux qui n’ont tout simplement rien perçu. Un appel pressant est lancé aux autorités compétentes pour qu’elles s’impliquent et trouvent une issue à cette crise qui mine le moral et la dignité des éducateurs.

La situation est d’autant plus complexe que, selon les enseignants, les modalités de paiement semblent disparates. Certains seraient payés en shillings ougandais, ajoutant une couche d’instabilité monétaire à leurs difficultés. Comment, dans ces conditions, assurer la sérénité nécessaire à l’exercice du métier d’enseignant ? Comment planifier les dépenses du ménage, scolariser ses propres enfants, ou simplement vivre dignement quand son salaire devient une variable aléatoire ? Ces questions, bien plus qu’administratives, touchent au cœur des conditions de vie et de travail dans une région où l’école est souvent un des derniers remparts contre l’obscurantisme.

Contactée par nos soins, la direction de la Rawbank a apporté un éclairage sur ces irrégularités salariales. Un responsable évoque des cas où les anomalies pourraient être liées à des services souscrits par les agents, comme des alertes SMS, ou au remboursement de crédits contractés auprès de l’établissement. La banque se dit néanmoins disposée à examiner « chaque situation individuellement » pour apporter des solutions. Si cette volonté de dialogue est à saluer, elle peine à apaiser la grogne sur le terrain. Pour les enseignants d’Aru, l’explication semble insuffisante face à l’ampleur et à la récurrence des problèmes. Le sentiment prévaut que le paiement via Rawbank, peut-être conçu pour moderniser et sécuriser les transactions, est devenu un facteur d’insécurité et de précarité.

Au-delà du simple dysfonctionnement technique, cette affaire soulève des enjeux sociétaux majeurs. L’éducation est le pilier du développement de toute nation, et les enseignants en sont les architectes. Les soustraire à la paix financière, c’est fragiliser l’édifice entier. Les salaires des enseignants en RDC ne sont-ils pas déjà suffisamment modestes pour qu’en plus, ils soient versés avec autant d’aléas ? La digitalisation des services publics, souvent présentée comme un progrès, ne doit pas se faire au détriment des droits les plus élémentaires des citoyens, surtout lorsqu’ils sont aussi essentiels que les éducateurs. Le territoire d’Aru, comme beaucoup d’autres zones rurales de la RDC, mérite un système qui fonctionne avec équité et régularité. La crédibilité de la réforme de l’État passe aussi par la fiabilité avec laquelle il rémunère ses serviteurs. L’attente des enseignants n’est pas seulement matérielle ; elle est une quête de respect et de reconnaissance de leur rôle fondamental dans la société congolaise. Leurs cartes bancaires vides sont le symptôme d’un malaise plus profond qui appelle une réponse rapide, juste et humaine de la part de toutes les institutions concernées.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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