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Contrôles routiers à Kinshasa : entre sécurité renforcée et embouteillages monstres

Le klaxon des véhicules forme une symphonie cacophonique sur le Boulevard du 30 Juin. Jean, chauffeur de taxi depuis quinze ans, montre du doigt les agents en uniforme qui filtrent le trafic. « Depuis trois semaines, c’est le même cirque. Ils contrôlent tout le monde, mais regardez : on avance à peine. Moi, j’ai tous mes documents en règle, mais je perds trois heures par jour dans ces bouchons. Et après, ils viennent nous parler de fluidité du trafic ? » Ce témoignage résume le paradoxe vécu par des milliers de Kinois face à l’intensification des contrôles routiers à Kinshasa.

Lancée par le ministère provincial des Transports, cette opération d’envergure cible les principaux axes de la capitale, de l’avenue Lumumba à l’avenue de la Libération. L’objectif officiel ? Assainir le secteur des transports et renforcer la sécurité routière en RDC. Sur le papier, la démarche semble louable : identifier les véhicules sans documents de bord valides, traquer les faux papiers qui circulent en masse, et discipliner les conducteurs dont les comportements aggravent les embouteillages à Kinshasa. Mais entre la théorie et la pratique, le fossé semble immense.

« Les contrôles sont nécessaires, personne ne dit le contraire », admet Pascal, représentant de l’Association des chauffeurs du Congo (ACCO). « Mais nous demandons que cela se fasse dans le respect et sans transformer chaque barrage en guichet de prélèvement. Certains agents voient cela comme une aubaine, pas comme une mission de service public. » Cette crainte de dérive, partagée par de nombreux professionnels de la route, pose une question fondamentale : comment garantir l’efficacité d’une opération sans qu’elle ne soit pervertie par des pratiques de terrain ?

Pour les usagers du quotidien, l’impact est tangible et douloureux. Aux arrêts de bus de Victoire ou à la Gare centrale, la même litanie de plaintes fuse. « Avant, je mettais une heure pour aller à Gombe. Maintenant, il faut compter le double. Et le prix de la course a augmenté, les chauffeurs disent que c’est à cause des risques de se faire arrêter », explique Marie, secrétaire qui voit son budget transports à Kinshasa s’envoler. La colère gronde, teintée d’un sentiment d’injustice. Pourquoi subir ces désagréments majeurs si les résultats ne sont pas visibles ?

Les autorités, elles, dressent un bilan positif. Elles mettent en avant les centaines de véhicules contrôlés, les faux documents saisis, et promettent de maintenir la pression jusqu’au rétablissement d’un « civisme routier ». Des mécanismes de surveillance des agents sont évoqués pour prévenir les abus. Mais cette communication officielle peine à convaincre sur le terrain, où un autre paradoxe frappe les esprits.

En effet, comment exiger des véhicules un état technique irréprochable quand les infrastructures elles-mêmes sont en lambeaux ? « Ils vérifient nos pneus, nos freins, mais ils roulent sur quelles routes ? » s’insurge un chauffeur de bus, pointant du doigt les nids-de-poule qui dévorent les chaussées de la capitale. Cet état de délabrement use prématurément les véhicules, créant une contradiction absurde pour des conducteurs sommés d’entretenir des machines sur des routes qui les détruisent.

Alors, cette opération est-elle vouée à l’échec ? Pas nécessairement. Elle met en lumière les défis structurels du secteur des transports à Kinshasa. La volonté de mettre de l’ordre est légitime, mais elle ne peut faire l’impasse sur une approche globale. Améliorer la sécurité routière en RDC passe aussi par la réhabilitation des voies, la formation des conducteurs, et une véritable régulation qui protège les usagers sans les pénaliser. Les contrôles routiers ne doivent pas être perçus comme une fin en soi, mais comme une pièce d’un puzzle bien plus complexe.

La balle est désormais dans le camp des autorités. Réussiront-elles à transformer cette opération, perçue aujourd’hui comme punitive, en un levier pour un système de transport plus sûr, plus efficace et plus juste pour tous les Kinois ? La crédibilité de la démarche en dépend. En attendant, sur le bitume surchauffé de la capitale, les voitures klaxonnent, les contrôleurs gesticulent, et les passagers patientent, dans l’espoir que demain sera un peu moins encombré, et un peu plus sûr.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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