La colère et l’amertume se lisent dans le regard de Joseph, agriculteur à Kisantu. « Nous travaillons la terre avec espoir, mais nos tomates, nos aubergines et nos maniocs pourrissent ici. La route est devenue un champ de boue et de trous. Qui achètera nos produits ? » Ce témoignage poignant résume le drame vécu par des milliers de familles du Kongo-Central, asphyxiées par le délabrement avancé de la Route Nationale 16. Un problème local aux ramifications nationales, porté jusqu’au plus haut sommet de l’État par Mgr Chrispin Kimbeni, évêque du diocèse de Kisantu, lors d’une audience avec la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.
La RN16, cet axe vital qui relie les zones de production agricole du Kongo-Central aux marchés de Kinshasa, n’est plus qu’une cicatrice de terre défoncée. Comment une artère économique aussi cruciale a-t-elle pu tomber dans un tel état d’abandon ? La rencontre entre le prélat et la cheffe du gouvernement a mis en lumière une urgence qui dépasse la simple question des nids-de-poule. Il s’agit de la survie d’une économie rurale tout entière. « La dégradation de cette route ne permet plus d’évacuer les produits agricoles. Cela décourage progressivement les paysans qui ne voient plus le fruit de leur travail », a alerté Mgr Kimbeni. Un constat sévère qui sonne comme un avertissement : la sécurité alimentaire de la capitale, qui dépend largement de cette région, est directement menacée.
Les conséquences de ce délabrement de la route Kisantu sont une spirale infernale. Faute de débouchés, les revenus des paysans s’effondrent. Les camions refusent de s’aventurer sur un trajet devenu trop long, trop cher et trop dangereux. Le prix du transport explose, grévant toute rentabilité. Progressivement, le découragement gagne. Des champs sont laissés en friche. Une expertise et un savoir-faire agricoles patiemment construits se perdent. L’agriculture du Kongo-Central, pilier de l’économie locale, est paralysée, littéralement bloquée par l’infrastructure défaillante. Que reste-t-il à des populations privées de leur principale source de revenus ?
La réponse, glaçante, a été pointée du doigt par l’évêque : la déforestation. L’exploitation sauvage du bois devient pour certains l’ultime recours, la seule monnaie d’échange accessible. Cette déforestation le long de la RN16 est le symptôme désastreux d’un désespoir économique. On détruit le capital naturel, compromettant l’avenir, pour tenter de survivre au présent. Le cercle vicieux est parfait : la route coupée tue l’agriculture, poussant à la coupe du bois, qui elle-même dégrade l’environnement nécessaire à une agriculture durable. Où est la perspective de développement dans ce scénario ?
L’appel lancé à la Première ministre Judith Suminwa Tuluka est donc un cri du cœur pour un désenclavement urgent. La population attend plus que des promesses ; elle attend des actes concrets, le lancement effectif de travaux de réhabilitation. L’enjeu est triple : redonner espoir aux producteurs locaux, sécuriser l’approvisionnement alimentaire des centres urbains et préserver le patrimoine forestier. La vision de développement à la base, souvent citée, trouve ici son premier grand test de crédibilité. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif. La réactivité du gouvernement Suminwa face à cette crise multiforme sera scrutée à la fois par les paysans du Kongo-Central et par les consommateurs kinois. L’état d’une route peut-il être le baromètre de la volonté politique ? Dans ce cas précis, la réponse est incontestablement oui. La réhabilitation de la RN16 n’est pas un simple chantier de plus ; c’est une opération de sauvetage économique, social et environnemental pour toute une région.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
