Une fois de plus, la nature a frappé avec une violence inouïe à Butembo. Dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 février, un couple a été enseveli vivant dans sa propre maison, victime d’un brutal éboulement Nord-Kivu. Léopold Katsuva et son épouse Veneranda Kahambu, résidant dans la cellule Mwiri, n’ont pas survécu à la furie des éléments. Ce drame poignant, survenu vers 23h20, n’est malheureusement pas un incident isolé, mais le symptôme d’une urgence environnementale qui ronge la région.
La scène est apocalyptique : des rivières sorties de leur lit, des habitations littéralement avalées par la boue, des familles entières jetées sur le chemin de l’exode. Le quartier Wayene, et particulièrement la zone de Mwiri, a payé un lourd tribut aux pluies Butembo d’une intensité exceptionnelle. Les dégâts matériels Butembo sont considérables, transformant des vies et des biens en amas de décombres en quelques minutes seulement. Comment en sommes-nous arrivés là ? La réponse est un cocktail tragique de facteurs naturels et d’une urbanisation souvent anarchique.
La société civile de la commune Bulengera tire la sonnette d’alarme : les zones habitées sur les flancs des collines sont des bombes à retardement. Ces risques naturels Congo sont amplifiés par la déforestation et la pression démographique, qui grignotent les terrains les plus instables. Le sol, privé de ses racines protectrices, n’est plus qu’une pâte meuble prête à glisser au premier déluge. Les intempéries RDC, de plus en plus capricieuses et violentes avec le dérèglement climatique, achèvent le travail de sape. Chaque goutte de pluie devient alors une menace mortelle pour des centaines de foyers.
Le deuil est insoutenable pour la communauté. Les corps de Léopold et Veneranda ont été inhumés ce jeudi à Vuhinga/Mutano, dans la chefferie des Bashu, laissant derrière eux un vide immense et une question lancinante : cette mort était-elle évitable ? Ce drame résonne comme un écho sinistre à celui du 30 octobre dernier, où six personnes avaient péri sous l’effondrement d’un mur à Butembo. La répétition de ces catastrophes prouve que les leçons ne sont pas tirées. La ville semble condamnée à revivre indéfiniment le même cauchemar à chaque saison des pluies.
Face à cette fatalité apparente, que faire ? L’appel à la prévention est plus urgent que jamais. Il ne s’agit pas seulement de gérer l’urgence lorsque le drame survient, mais d’anticiper. Cartographier les zones à haut risque, reloger les populations les plus exposées, reboiser les pentes pour fixer les sols, et instaurer des systèmes d’alerte précoce sont des mesures dont le coût est dérisoire face à celui, humain, payé aujourd’hui. La terre ne ment pas : elle crie sa détresse par ces glissements meurtriers. L’écouter et agir n’est plus une option, mais une question de survie pour les habitants des régions montagneuses du Nord-Kivu.
La tragédie de Butembo doit sonner comme un électrochoc pour les autorités et la population. Chaque vie perdue est un signal d’alarme que nous ignorons à nos risques et périls. La solidarité envers les sinistrés est essentielle, mais elle ne suffit pas. Il est temps de passer de la réaction à l’action, de construire une résilience face aux caprices d’un climat de plus en plus imprévisible. La sécurité des citoyens doit primer sur toute autre considération. Sinon, demain, d’autres Léopold et Veneranda paieront de leur vie notre immobilisme collectif.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
