Les cris déchirants ont déchiré l’air dense de Ndesha ce mercredi 18 février. Une scène de désolation que Pierre Tshimanga, point focal des droits de l’homme, tente de décrire sans que les mots ne suffisent. « Le ravin s’est affaissé alors que deux enfants revenaient de l’église avec leur grande sœur. Arrivés à cet endroit, la terre s’est écroulée… Les briques du mur écroulé l’ont violemment heurtée et elle est décédée. » La victime, une jeune femme enceinte de huit mois, a vu sa vie et celle de son enfant à naître brutalement fauchées par un effondrement de maison dans le ravin de Kananga. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ces drames se répètent-ils dans la commune de Ndesha, au Kasaï-Central ?
L’éboulement à Kananga n’est malheureusement pas un incident isolé. Alertés par les cris, les voisins ont pu sauver in extremis les deux enfants qui accompagnaient la future mère. Mais face à la violence de l’effondrement, ils n’ont rien pu faire pour elle. Le sol, gorgé d’eau après des pluies diluviennes récurrentes, a cédé sans prévenir, emportant avec lui une partie d’une habitation précaire. Cet effondrement de maison à Ndesha vient cruellement rappeler la vulnérabilité de milliers de congolais vivant au bord du gouffre, littéralement. La proximité des constructions avec des ravins instables transforme la vie quotidienne en un pari dangereux contre la nature.
Les riverains, le cœur lourd et la peur au ventre, pointent du doigt une menace devenue banale. Ce ravin, qui serpente comme une cicatrice ouverte dans le paysage urbain, est un tueur en série silencieux. D’après leurs témoignages, il a déjà englouti une dizaine de maisons et causé la mort de cinq personnes avant cette dernière tragédie. Il a même coupé la route menant au cimetière de Kamuandu, le deuxième plus grand de la province. Ironie du sort sinistre : la voie qui mène au repos éternel est elle-même devenue un piège mortel. L’insécurité des habitations à Kananga n’est plus un risque, c’est une réalité quotidienne. Combien de familles dorment-elles chaque nuit en priant pour que la terre ne se dérobe pas sous leurs pieds ?
La catastrophe du ravin au Kasaï-Central met en lumière un problème bien plus profond que la simple érosion des sols. Elle révèle un cruel déficit d’urbanisme et de prévention des risques. Les quartiers se construisent souvent dans l’urgence, sans étude de terrain, poussés par une démographie galopante et un manque criant de terrains viables. Les autorités locales sont-elles conscientes de l’ampleur du danger ? Les habitants, eux, n’ont plus de doute. La mort d’une femme enceinte dans le ravin est le signal d’alarme ultime, un cri de détresse qui doit être entendu au-delà des limites de Ndesha. Ils appellent désormais, avec une légitime colère mêlée d’effroi, les autorités provinciales et nationales à agir. Il ne s’agit plus de promesses, mais de travaux concrets de sécurisation, de relogement des familles en danger immédiat, et d’une politique d’aménagement du territoire qui place la vie humaine au-dessus de tout.
Derrière les statistiques et les rapports, il y a des vies brisées, des enfants devenus orphelins, et une communauté entière traumatisée. Cet événement soulève des questions fondamentales sur le droit à un logement sûr, sur la responsabilité de l’État face aux catastrophes prévisibles, et sur le sort des populations les plus pauvres, souvent reléguées dans les zones à haut risque. Jusqu’à quand faudra-t-il compter les morts avant que des mesures structurelles ne soient prises ? L’indignation est passagère, mais les ravins, eux, continuent de grignoter du terrain jour après jour. La sécurisation de la zone de Ndesha n’est pas un projet parmi d’autres ; c’est une obligation humanitaire et morale. Le Kasaï-Central peut-il se permettre d’attendre la prochaine pluie, la prochaine victime ? La réponse, dans le regard des habitants, est déjà écrite : c’est non.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
