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Aide alimentaire du PAM à Beni : 8 000 déplacés secourus face aux violences ADF

Le stade d’Oicha, habituellement lieu de rassemblements sportifs, vibre ce matin d’une agitation différente. Sous un soleil déjà chaud, des centaines de personnes, pour la plupart des femmes portant des bébés sur le dos et tenant d’autres enfants par la main, font patiemment la queue. Leurs visages racontent une histoire de fuite, de peur et d’épuisement. Ici, au cœur du territoire de Beni, c’est une bouée de sauvetage qui se matérialise sous forme de sacs de farine et de bidons d’huile. La distribution organisée par l’Association des Petits Éleveurs, Tanneurs et Maroquiniers du Congo (APETAMACO), partenaire du Programme alimentaire mondial (PAM), représente bien plus qu’une simple aide alimentaire ; c’est un sursis pour près de 8 000 familles chassées de leurs foyers par la terreur des rebelles ADF.

Ces ménages, originaires des aires de santé de Mbau, Pakanza, Tenambo et Mabasele, ont trouvé refuge dans des zones légèrement plus sûres, mais souvent sans ressources. « Nous avons tout perdu en fuyant, nos champs, notre maison. Ici, nous dépendons de la bonne volonté des habitants et de l’aide comme celle-ci », confie une mère de famille, le regard à la fois reconnaissant et inquiet. Cette aide alimentaire PAM Beni cible précisément les plus vulnérables : les femmes enceintes, les mères allaitantes et les enfants, premiers affectés par les carences nutritionnelles en période de crise. Pour eux, les rations sont adaptées, avec des intrants comme le Plumpy’Doz pour les petits et la fameuse « super céréale » B++ pour les mères.

Mais derrière cette distribution vivres Oicha se cache une réalité plus sombre : l’implacable conflit ADF Nord-Kivu qui, depuis des années, déchire cette région et alimente un flux constant de déplacés Nord-Kivu. Les attaques répétées dans les villages environnants poussent des milliers de personnes sur les routes, créant des poches de vulnérabilité extrême. L’action du PAM et de ses partenaires locaux comme l’APETAMACO répond à une urgence immédiate. « Cette ration couvre les besoins pour 30 jours. C’est un mois de répit où ils n’auront pas à se demander comment nourrir leurs enfants », explique un responsable sur place, détaillant le contenu des colis : farine de maïs, légumineuses, haricots, huile végétale et sel iodé.

Pourtant, une question lancinante habite les esprits : cette assistance humanitaire RDC, aussi vitale soit-elle, est-elle suffisante face à l’ampleur de la crise ? La distribution est prévue sur trois cycles – février, mars et avril – offrant une couverture à court terme. Mais que se passera-t-il après ? Les familles pourront-elles retourner cultiver leurs terres ? La sécurité reviendra-t-elle un jour dans ces zones rurales meurtries ? L’initiative est une goutte d’eau dans un océan de besoins. Elle souligne l’incroyable résilience des populations, mais aussi la chronicité d’une situation qui exige des solutions bien au-delà de l’urgence alimentaire.

L’analyse collective montre que ces zones d’accueil, comme Oicha, sont sous pression. Elles hébergent un afflux massif de déplacés, mettant à rude épreuve les infrastructures locales et les solidarités communautaires. Cibler ces aires de santé pour l’aide est une nécessité logistique, mais c’est aussi un aveu de l’échec à contenir l’insécurité. La communauté internationale, par le biais du PAM, intervient pour pallier les carences, mais l’État congolais est-il en mesure de reprendre la main et d’offrir une protection durable à ses citoyens ?

Les enjeux sociétaux sont colossaux. Cette distribution est un microcosme de la tragédie humaine qui se joue dans l’Est de la RDC. Elle parle de déracinement, de survie au quotidien, et de la bataille pour préserver la dignité. Elle met en lumière le travail essentiel des acteurs humanitaires, mais aussi les limites d’une réponse principalement axée sur le secours d’urgence. À long terme, la stabilisation de la région, le retour des déplacés dans des conditions sûres et la relance des activités économiques sont les seuls gages d’une paix durable. En attendant, pour des milliers de familles à Beni, l’espoir se mesure en sacs de céréales et en rations mensuelles, une fragile bouée dans une mer d’incertitudes.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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