Le secteur de la santé en République Démocratique du Congo est à l’arrêt. Ce mardi 17 février, une marche pacifique a convergé de la Gare centrale vers la Primature à Gombe, marquant le début d’un mouvement de grève illimité déclenché par les médecins du Syndicat libre des médecins (SYLIMED). Ce bras de fer, qui cristallise un profond malaise, place sous les projecteurs les conditions de travail précaires des praticiens congolais et interroge sur la gestion des ressources humaines dans un système de santé déjà fragile. Comment en est-on arrivé à une paralysie aussi significative, et quelles en sont les implications pour la population ?
Les revendications portées par le secrétaire général du SYLIMED, André Kasongo, sont claires et précises. Au cœur du conflit : la mécanisation des postes, l’alignement de plus de 2 000 médecins sur la liste de paie principale et la mise en œuvre effective des montées en grade. « Il est inconcevable que plus de 2 000 médecins soient soumis au régime de paie complémentaire », a-t-il martelé devant la presse. Cette paie, souvent décrite comme aléatoire et tardive, oblige les agents à attendre trois, voire quatre mois avant d’être programmés, créant une insécurité financière intenable. Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée depuis le dernier trimestre 2024, selon les grévistes, malgré l’existence d’un décret de janvier 2019 et d’une ordonnance de juillet 2022 censés régler la question des promotions.
Imaginez un médecin qui consacre sa vie à soigner ses concitoyens, mais qui, après 10 ou 15 ans de service, se retrouve dans la même position hiérarchique et salariale. C’est la réalité dénoncée par le SYLIMED, qui y voit non seulement une « mauvaise foi » mais aussi le symptôme d’une « mauvaise gestion des ressources humaines ». Cette stagnation professionnelle est un puissant facteur de démotivation et pousse de nombreux talents à quitter le pays, alimentant une fuite des cerveaux préjudiciable pour le système de santé national. Les revendications salariales des médecins en RDC vont donc bien au-delà d’une simple question pécuniaire ; elles touchent à la reconnaissance, à la dignité et à la rétention des compétences essentielles.
Face à ce mouvement social d’envergure à Kinshasa, la réponse des autorités a été mesurée. Le conseiller principal de la Première ministre s’est engagé à transmettre les doléances « à qui de droit », invitant les médecins à revenir dans un délai de deux semaines. Une période qui correspond à l’évaluation prévue par le syndicat pour juger de l’efficacité de leur action. Ce laps de temps laisse planer l’incertitude sur l’avenir immédiat des services hospitaliers. Que se passera-t-il si les négociations n’aboutissent pas ? La grève des médecins, si elle se prolonge, pourrait créer des ruptures dans la chaîne de soins, affectant directement l’accès aux consultations, aux urgences et aux interventions programmées.
Les enjeux de cette grève du SYLIMED sont colossaux. D’un côté, il y a la légitime attente des professionnels de santé de voir leur engagement et leur expertise valorisés par des conditions de travail et une rémunération dignes. De l’autre, il y a la responsabilité des pouvoirs publics de garantir la continuité du service public de santé, un droit fondamental pour chaque Congolais. La recherche d’une solution durable et équitable est impérative. Elle passe nécessairement par un dialogue social franc et constructif, mais aussi par une réforme en profondeur de la gestion administrative et financière du personnel médical. La santé n’est pas une dépense, mais un investissement. La négliger, c’est compromettre le capital humain le plus précieux de la nation.
Dans les prochains jours, toute l’attention sera tournée vers les pourparlers entre le gouvernement et les représentants du SYLIMED. L’issue de ce conflit dessinera l’avenir de la profession médicale en RDC et, par ricochet, la qualité des soins disponibles pour des millions de personnes. La mobilisation des médecins congolais sonne comme un avertissement : un système de santé ne peut fonctionner durablement sur le dévouement seul. Il a besoin de structures solides, de reconnaissance et de planification. Espérons que cette crise soit l’occasion d’une prise de conscience collective et d’un réengagement en faveur d’un système de santé plus juste et plus résilient pour tous.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
