Dans un geste qualifié de “responsable” et “apaisant”, le gouvernement de la République démocratique du Congo a marqué son accord à la proposition angolaise d’un cessez-le-feu avec la rébellion de l’AFC/M23, devant entrer en vigueur ce mercredi 18 février 2026. Cette acceptation, présentée comme une main tendue en faveur d’une solution pacifique au conflit dans l’Est du pays, constitue-t-elle pour autant une avancée décisive ou simplement une répétition de scénarios antérieurs dont l’échec est inscrit dans les mémoires ? La réponse se niche peut-être dans la réaction immédiate, et pour le moins circonspecte, du mouvement rebelle, qui a immédiatement tempéré l’enthousiasme diplomatique.
Alors que Kinshasa a officiellement accepté le principe de ce cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo, la rébellion, par la voix de son secrétaire permanent et négociateur à Doha, Benjamin Mbonimpa, s’est montrée dubitative. Interrogé à l’issue d’une réunion avec la MONUSCO à Goma, ce dernier a réaffirmé l’attachement exclusif de son mouvement au processus de Doha, sous l’égide du Qatar, exprimant son incompréhension face à une initiative angolaise à laquelle il n’a pas été convié. « Nous ne sommes pas informés de ce qui a été décrété par l’Angola », a-t-il déclaré, soulignant que son groupe assumait ses responsabilités uniquement vis-à-vis du cadre qatari. Cette divergence de vues, manifeste dès l’annonce, jette une ombre substantielle sur les chances de succès de cette nouvelle tentative, rappelant au public les nombreux échecs passés.
Le scepticisme ambiant est en effet nourri par une litanie d’initiatives avortées. Qui se souvient de la trêve annoncée en février 2025 suite à l’occupation de Goma et Bukavu, et jamais respectée ? Qui peut croire encore aux communiqués conjoints signés à Doha entre mars et avril de la même année, lus en grande pompe à la télévision nationale avant d’être foulés aux pieds ? Un cessez-le-feu permanent conclu en juillet, puis un mécanisme de surveillance et de vérification signé par la suite, n’ont jamais dépassé le stade du papier. Cette accumulation d’engagements non tenus a forgé une opinion publique profondément cynique, craignant que l’initiative angolaise ne connaisse le même sort funeste. Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a lui-même exprimé ce pessimisme, estimant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité que cette nouvelle trêve risquait de n’être qu’éphémère. « Nous avons déjà vu de nombreux cessez-le-feu en RDC qui n’ont pas duré », a-t-il rappelé, pointant du doigt l’absence de garanties pérennes.
Dans ce paysage marqué par la défiance, le rôle des acteurs internationaux est scruté à la loupe. Le renouvellement du mandat de la MONUSCO par la résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies, avec un objectif révisé, place la mission onusienne en première ligne du soutien aux efforts de paix. L’arrivée récente de sa cheffe par intérim à Goma, dans le cadre des préparatifs de suivi du cessez-le-feu, constitue un signal opérationnel important après des mois d’isolement aérien. Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, a affirmé que la Mission était prête à jouer son rôle, en commençant par Uvira avant une extension progressive. Cependant, la volonté onusienne seule suffit-elle ? Le secrétaire général António Guterres a lui-même reconnu les limites de son organisation lors d’une interview à RFI, rappelant que la MONUSCO n’avait « pas la capacité d’imposer la paix ». Cette déclaration réaliste place l’entière responsabilité du succès sur les épaules des belligérants congolais et de la rébellion soutenue par le Rwanda.
La proposition de cessez-le-feu fait suite à une intense activité diplomatique régionale, illustrée par la rencontre de Luanda entre les présidents angolais, congolais, togolais et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Cette dynamique avait été précédée par une réunion de haut niveau à Lomé en janvier 2026, dédiée à la cohérence du processus de paix dans la région des Grands Lacs. Le médiateur désigné par l’Union africaine, le président togolais Faure Gnassingbé, a réaffirmé sa volonté de travailler avec les États-Unis et le Qatar pour pousser les parties à honorer leurs engagements. Mais cette superposition d’initiatives – angolaise, qatarie, américaine, onusienne – ne risque-t-elle pas de créer une cacophonie diplomatique contre-productive ? La rébellion M23, en se cantonnant au processus Doha, semble déjà faire son marché parmi les médiateurs.
Au final, l’acceptation de Kinshasa, si elle est un signal politique nécessaire, ne pèse pas lourd face à la méfiance historique et aux intérêts géostratégiques complexes qui minent l’Est de la RDC. Le cessez-le-feu angolais, pour ne pas rejoindre le cimetière des bonnes intentions, devra surmonter l’écueil majeur du manque d’adhésion sincère de la rébellion. La balle est désormais dans le camp de l’AFC/M23 et de ses soutiens. Accepteront-ils de désarmer la méfiance avant de songer à désarmer tout court ? La population du Nord-Kivu, exsangue après des années de conflit, observe, une fois de plus, avec un espoir mêlé d’amertume. Les prochains jours, à l’aune du respect ou non de cette trêve, diront si les lignes ont véritablement commencé à bouger ou si nous assistons simplement à une nouvelle mise en scène d’une paix illusoire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
