Une lueur d’espoir perce la brume des montagnes du Nord-Kivu. Le Parc national des Virunga, épicentre d’une biodiversité miraculeuse et d’un conflit persistant, annonce une naissance symbolique : un nouveau gorille de montagne a vu le jour au sein de la famille Rugendo. Cet événement, qui pourrait sembler anecdotique, résonne comme un puissant acte de résistance face à la spirale de violence qui étouffe la région.
Lors d’une patrouille de surveillance, les pisteurs communautaires, ces sentinelles anonymes de la forêt, ont observé la femelle Bagambe avec son petit, un mâle vigoureux. Cette naissance propulse la famille Rugendo à 20 individus, la hissant au même rang que la famille Humba. Ces deux groupes deviennent ainsi les quatrièmes plus importantes familles du secteur Mikeno, un bastion crucial pour la survie de l’espèce. Il s’agit de la troisième naissance enregistrée cette année dans le sanctuaire des Virunga, une tendance qui contraste avec le grondement des armes aux alentours.
Cette victoire, aussi fragile soit-elle, est le fruit d’un engagement acharné. Les efforts de conservation menés dans cette aire protégée, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, bénéficient d’un soutien international, notamment de l’Union européenne. Mais comment ces équipes parviennent-elles à préserver la vie quand la mort rôde ? Depuis 2022, les affrontements entre les forces armées de la RDC et les rebelles du M23 déchirent le Nord-Kivu, transformant le parc en un champ de bataille écologique. Les patrouilles de l’Institut congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) se transforment en missions périlleuses, où la protection des gorilles côtoie la menace des kalachnikovs.
La résilience de la nature offre pourtant des raisons d’espérer. Cette naissance fait écho à une autre, survenue en mai 2025 dans la même famille Rugendo. À l’époque, la femelle Nzabonimpa avait donné naissance à un petit mâle, probable fils du dos argenté Kongomani. Plus globalement, le parc a enregistré huit naissances de gorilles de montagne au cours de l’année 2025. Ces chiffres sont les gouttes d’eau qui pourraient, un jour, remplir l’océan de la reconquête.
Car l’enjeu est de taille. La population mondiale des gorilles de montagne est estimée à seulement 1 063 individus. Dans le massif des Virunga, qui s’étend sur 7 800 km² à la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda, elle est évaluée à environ 350 primates. Chaque nouvelle vie est donc un trésor inestimable, une victoire contre l’extinction. La conservation des gorilles au Congo n’est pas seulement une question de protection animale ; c’est un baromètre de la capacité humaine à préserver l’équilibre du vivant dans un contexte d’extrême adversité.
Pourtant, l’asphyxie guette. Les écosystèmes du Nord-Kivu sont sous tension permanente. La sécurité des équipes de conservation et des animaux eux-mêmes est minée par les conflits armés. Les rebelles de l’AFC/M23 et autres groupes armés rôdent, transformant ce havre de paix en zone à haut risque. Comment assurer l’avenir de la biodiversité quand le présent est marqué par l’insécurité ? La réponse réside peut-être dans ces pisteurs communautaires, ces héros ordinaires qui bravent les dangers pour compter les nouveau-nés et suivre les familles de gorilles.
La naissance du petit de Bagambe est plus qu’une statistique. C’est un symbole. Elle prouve que malgré les obus et l’instabilité, la vie trouve son chemin. Elle rappelle que le Parc national des Virunga, plus ancienne réserve d’Afrique, refuse de mourir. Les projets de conservation, soutenus par l’UNESCO et l’UE, doivent continuer à être un rempart contre l’effondrement. Chaque gorille supplémentaire est une sentinelle qui veille sur l’équilibre climatique régional et un message d’espoir pour toute l’humanité. Protéger ces géants des montagnes, c’est protéger une part de notre patrimoine commun, une part de nous-mêmes. La forêt en détresse du Congo continue de donner naissance. Saurez-vous l’écouter ?
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
