La province du Kwilu, en République démocratique du Congo, a enclenché vendredi 13 février une étape majeure pour son développement infrastructurel. Sous l’impulsion de l’Administrateur ad intérim du territoire de Bulungu, Tryphon Mukunzi, les premiers coups de pioche ont été donnés pour la réhabilitation et la modernisation de deux axes stratégiques : la liaison Petit Kasai-Bulungu-Vanga et la route Batshamba-Gungu. Ce lancement, effectué au point kilométrique zéro au village Petit Kasai, marque le début concret d’un projet tant attendu par les populations locales et dont les retombées économiques sont scrutées de près.
Quel impact cette revitalisation du secteur des travaux routiers dans le Kwilu peut-elle avoir sur l’économie d’une région essentiellement agricole ? Les axes visés, et particulièrement la section Bulungu de la Route Nationale N°18, constituent le sang artériel du territoire. Aujourd’hui, leur état sablonneux et dégradé pénalise lourdement la mobilité des personnes et des marchandises, renchérissant les coûts de transport et isolant les producteurs des marchés. L’Administrateur Mukunzi lui-même a témoigné avoir parcouru à pied la distance entre Petit Kasai et la cité de Bulungu, un trajet d’une journée entière, illustrant par l’absurde le frein que représente la vétusté des infrastructures.
Piloté par l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT RDC), bras technique de l’État, et exécuté par le géant chinois Sinohydro 14, ce projet d’infrastructure dans le Kwilu est d’une envergure significative. Il s’étend sur une distance de 65 kilomètres de long pour 10 mètres de large, reliant le village Petit Kasai au chef-lieu Bulungu, avec une bretelle vers Vanga. Un investissement de cette ampleur dans la réhabilitation des routes à Bulungu n’est pas qu’une question de bitume. C’est un levier économique puissant. La fluidification du trajet sur la Route Nationale 18 en RDC va mécaniquement réduire les coûts logistiques, dynamiser les échanges commerciaux avec le reste de la province et au-delà, et valoriser la production agricole locale en lui ouvrant de nouveaux débouchés.
« Nous avons attendu ce projet depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le Chef de l’Etat Félix Tshisekedi s’est souvenu de nous », a déclaré Tryphon Mukunzi lors de la cérémonie. Son discours a oscillé entre soulagement et appel à la responsabilité. Il a enjoint la population à un civisme actif, à « s’approprier ces travaux » et à veiller à la bonne utilisation des matériaux de construction, soulignant que chaque sac de ciment, chaque litre de carburant économisé était un gain pour la communauté. Cette dimension de gouvernance locale et de surveillance citoyenne est cruciale pour la réussite et la durabilité de tels chantiers publics.
L’analyse économique de ce projet va au-delà du simple désenclavement. En connectant efficacement Bulungu, Vanga et Gungu, il crée les conditions d’un marché intégré à l’échelle du territoire. Les agriculteurs pourront écouler leurs récoltes plus rapidement et à meilleur prix, les petites et moyennes entreprises bénéficieront d’un accès facilité aux intrants, et le secteur des services, notamment le transport, devrait connaître un regain d’activité. À plus long terme, une route praticable en toutes saisons est un argument de poids pour attirer d’éventuels investisseurs dans des secteurs comme l’agro-industrie, transformant ainsi la structure économique de la zone.
Cependant, le chantier qui s’ouvre n’est pas sans défis. L’exécution technique par Sinohydro devra tenir compte des spécificités du terrain et respecter les délais annoncés pour maintenir la confiance des populations. La question de l’entretien futur de ces infrastructures, une fois les travaux achevés, reste également entière. Le succès de cette opération dépendra de la pérennisation des mécanismes de maintenance, souvent point faible des grands projets d’infrastructures en RDC.
En conclusion, le lancement de ces travaux routiers dans le Kwilu représente bien plus qu’une opération de terrassement. C’est un pari sur l’avenir économique du territoire de Bulungu. Si les engagements sont tenus et si l’appropriation communautaire souhaitée par les autorités se concrétise, ces 65 kilomètres de bitume pourraient devenir les rails sur lesquels roulera la prospérité locale. La balle est désormais dans le camp des exécutants et des bénéficiaires pour transformer cet investissement en croissance tangible et partagée, faisant de la réhabilitation de la RN18 un véritable catalyseur de développement pour le Kwilu.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
