Une nouvelle flambée de violence a secoué le territoire de Djugu, en Ituri. Vendredi 13 février, un poste de police situé à Fataki, localité stratégique à 85 km au nord de Bunia, a été la cible d’une attaque armée. Cette offensive est attribuée à la milice Convention pour la Révolution Populaire (CRP). L’assaut a fait un mort dans les rangs de la police nationale et a laissé un autre agent grièvement blessé. Plus inquiétant encore, les assaillants ont réussi à emporter trois armes de service, alourdissant ainsi leur arsenal et leur capacité de nuisance.
Cette attaque ne constitue pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une escalade notable des actions de la milice CRP contre les forces de l’ordre dans le territoire de Djugu au cours de la semaine écoulée. Les localités de Fataki, Bule et Lalu ont été particulièrement éprouvées. À Fataki même, après l’attaque du poste de police, la situation s’est encore dégradée. Des miliciens ont perturbé pendant plusieurs heures le trafic et les activités économiques sur la Route Nationale n°27, un axe vital pour la région. L’intervention des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) a finalement permis de les repousser hors du centre commercial qu’ils tentaient de contrôler.
La veille de ces événements, des combats d’une rare intensité avaient déjà éclaté à Bule. Les échanges de tirs ont provoqué le transfert d’une femme blessée vers l’hôpital de Fataki pour des soins d’urgence. À Lalu, l’affrontement a tourné au drame. Un militaire des FARDC a perdu la vie et plusieurs autres personnes, tant du côté de l’armée que parmi les miliciens, ont été blessées. Cette succession d’accrochages illustre la stratégie de dispersion et de pression constante adoptée par la milice CRP, semant l’instabilité sur un large périmètre.
La violence a pris une tournure particulièrement inquiétante avec l’emploi d’armes lourdes. En effet, deux obus ont été tirés par des présumés éléments de la CRP en direction de zones à haute vulnérabilité. L’école primaire Tuungane, située près de Kpangba, et le site de déplacés portant le même nom ont été la cible de ces projectiles. Si les dégâts matériels se sont limités à des vitres brisées et qu’aucune victime directe n’est à déplorer, l’impact psychologique est immense. Ces tirs ont plongé la population civile, déjà traumatisée par des années de conflits, dans une vive panique. Jusqu’où iront ces miliciens dans leur mépris des vies humaines et des infrastructures civiles ?
Face à cette recrudescence des attaques, l’inquiétude et l’exaspération grandissent parmi les communautés locales. Des sources bien informées sur place exhortent les autorités à prendre la mesure de la menace. La milice CRP n’est plus perçue comme une simple bande armée, mais comme une entité structurée qui défie ouvertement l’autorité de l’État dans le territoire de Djugu. Un appel pressant est lancé pour que le gouvernement engage des actions concrètes et déterminées en vue du démantèlement complet de ce groupe. La sécurité des populations et la libre circulation sur les axes économiques sont en jeu.
En réaction à cette série noire, le gouverneur militaire de province, le général Johnny Luboya, est monté au créneau pour tenter de rassurer la population. Il a affirmé que l’armée traquait activement les miliciens de la CRP avec pour objectif clair de restaurer l’autorité de l’État dans toute la zone. Le gouverneur a reconnu la complexité des opérations, accusant l’adversaire d’utiliser des méthodes lâches, notamment l’utilisation des habitants comme boucliers humains. Pour contrer cette tactique, les FARDC affinent leurs stratégies opérationnelles afin d’éviter au maximum les pertes civiles, a-t-il assuré. La détermination affichée est de rétablir une paix durable dans l’ensemble du territoire de Djugu.
Cependant, sur le terrain, le défi reste colossal. L’insécurité chronique dans cette partie de l’Ituri nourrit un cycle infernal de violence et de déplacement de populations. L’attaque de Fataki et les incidents connexes à Bule et Lalu rappellent avec force la fragilité de la situation sécuritaire. L’intervention des FARDC, bien que cruciale, doit s’accompagner d’une approche globale. Le renseignement, le dialogue communautaire et le traitement des causes profondes du conflit sont tout aussi indispensables pour venir à bout de la menace que représente la milice CRP. La route vers la stabilisation du territoire de Djugu semble encore longue et semée d’embûches.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
