Le ciel s’est déchiré en mille éclairs, et sous l’abri de fortune, la vie a basculé. Ce jeudi 12 février, dans le village reculé de Bunyakyole, la foudre a frappé avec une brutalité sans nom, emportant quatre vies et en blessant grièvement une autre. Deux femmes, un jeune homme et un nourrisson ont été terrassés alors qu’ils cherchaient à se protéger d’une averse. Comment une simple recherche d’abri peut-elle tourner au drame absolu ? Le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, est une fois de plus plongé dans le deuil, face à une tragédie qui devient malheureusement récurrente.
L’incident s’est produit aux alentours de 13 heures, alors qu’un orage violent s’abattait sur le groupement Luberike. Les victimes, qui s’étaient réfugiées sous un même abri, n’ont pas survécu à la puissance du choc. Les secours ont rapidement été alertés, mais pour quatre d’entre elles, il était déjà trop tard. Une cinquième personne, grièvement blessée, a été évacuée en urgence vers le centre hospitalier de Karambi pour recevoir les premiers soins. Ce nouveau drame porte à neuf le nombre de morts par foudre dans le territoire de Walikale depuis le début de l’année 2026, un chiffre qui alerte sur la fréquence croissante de ces accidents foudre en RDC.
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Déjà au mois de janvier dernier, cinq personnes avaient trouvé la mort dans des circonstances similaires, dont trois dans le groupement Ikobo et deux à Walikale centre. Cette répétition macabre interpelle. Pourquoi la foudre frappe-t-elle avec une telle régularité dans cette région du Nord-Kivu ? Les conditions géographiques et climatiques du territoire de Walikale, une zone forestière et vallonnée, pourraient expliquer en partie cette exposition. Mais au-delà des causes naturelles, c’est la vulnérabilité des populations qui est en cause. Se mettre à l’abri sous des structures précaires lors d’un orage devient un jeu de la mort.
Les acteurs communautaires et les autorités locales sont aujourd’hui sur le qui-vive. Ce nouveau drame à Bunyakyole sonne comme un rappel cruel de l’urgence d’agir. Les services de protection civile sont interpellés, mais dans des zones aussi isolées, leur action peine souvent à atteindre tous les villages. La prévention foudre doit devenir une priorité absolue. Il est crucial d’éduquer les habitants sur les comportements à risque : éviter les abris sous les arbres, les cabanes en tôle ou en bois, ne pas se regrouper en grand nombre sous un même toit fragile, et privilégier les bâtiments en dur équipés de paratonnerres.
« Nous lançons un appel pressant aux autorités pour des campagnes de sensibilisation massives », explique un responsable local sous le couvert de l’anonymat. « Les gens ici n’ont souvent pas conscience du danger. Ils voient la pluie, cherchent le premier abri venu. Il faut leur expliquer, encore et encore, les gestes qui sauvent. » La communication est un enjeu majeur dans la prévention des accidents foudre à Walikale. Les radios communautaires, les chefs de village et les écoles pourraient être des relais essentiels pour diffuser ces messages vitaux.
Au-delà de l’urgence immédiate, ces morts par foudre à Walikale posent une question sociale plus large. Elles mettent en lumière l’extrême précarité dans laquelle vivent de nombreuses communautés rurales de la RDC. Le manque d’infrastructures sûres, l’absence de système d’alerte précoce et la faible couverture médicale transforment un phénomène naturel en tueur impitoyable. Combien de drames faudra-t-il encore pour que la prévention des risques climatiques soit intégrée aux plans de développement local ?
Les familles de Bunyakyole, meurtries, enterrent aujourd’hui leurs proches. Leur douleur est le reflet d’une insécurité quotidienne qui dépasse les conflits armés. Elle parle de cette vulnérabilité face aux éléments, exacerbée par la pauvreté et l’isolement. La foudre au Nord-Kivu n’est pas une fatalité. Elle est un défi qui appelle une réponse collective, structurée et durable. Protéger les citoyens, c’est aussi les armer de connaissances pour qu’un orage ne rime plus jamais avec le deuil. Le territoire de Walikale attend des actes concrets, car chaque vie perdue est un échec de plus.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
