Le marché mondial des métaux stratégiques enregistre un développement majeur en provenance de la République démocratique du Congo. Mercuria Energy Trading SA et l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) viennent de matérialiser leur premier accord commercial portant sur des cargaisons de cuivre et de cobalt, une transaction directement issue du cadre réglementaire instauré par Kinshasa. Cette opération, plus qu’un simple échange commercial, représente le premier jeton tangible d’une politique ambitieuse visant à reprendre le contrôle de la chaîne de valeur des métaux critiques RDC, essentiels à la transition énergétique mondiale.
Concrètement, cette transaction cuivre cobalt RDC intervient dans le sillage de la mise en œuvre du système de quotas exportation cobalt, décrété l’an dernier par l’Autorité de régulation et de contrôle du marché des substances minérales stratégiques (ARECOMS). Ce mécanisme, souvent perçu comme un outil de régulation, se révèle être en réalité un levier économique puissant. Il permet à l’État congolais, via l’EGC, de structurer les flux, de stabiliser les prix à l’exportation et d’imposer ses standards. La transaction avec Mercuria, un des géants mondiaux du négoce des matières premières, valide l’approche et démontre que les nouvelles règles du jeu sont acceptées par les acteurs internationaux majeurs.
L’impact économique de ce premier contrat est multidimensionnel. Sur le plan des recettes, il garantit une meilleure traçabilité et une taxation optimisée pour l’État. Sur le plan structurel, il impose le déploiement des normes EGC en matière de gestion de la chaîne d’approvisionnement et de pratiques d’approvisionnement responsables, notamment dans le segment minier artisanal et à petite échelle (EMAPE). Cette dimension est capitale : comment la RDC peut-elle transformer la richesse de son sous-sol en développement tangible pour ses populations, si elle ne maîtrise pas les conditions sociales et environnementales de son extraction ? Cette transaction apporte un début de réponse en liant l’accès à la ressource au respect d’un cadre éthique renforcé.
Les cathodes de cuivre issues de cet accord sont destinées aux marchés exigeants des États-Unis, des Émirats arabes unis ou de l’Arabie saoudite. Cette diversification des destinations, au-delà des circuits traditionnels, réduit la dépendance et améliore la position de négociation de la RDC. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement géo-économique du pays, désormais déterminé à ne plus être un simple fournisseur de matière brute, mais un partenaire stratégique incontournable.
Cette étape n’est pas isolée. Elle fait suite logiquement à l’annonce, en 2025, de la création d’une coentreprise entre la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines) et Mercuria. Ce partenariat minier RDC en construction dessine les contours d’une collaboration intégrée, de la production à la commercialisation. Le rapprochement avec un trader de l’envergure de Mercuria apporte un accès direct aux marchés financiers et aux acheteurs finaux, une expertise en logistique globale et une couverture des risques que les entreprises publiques congolaises peinaient à obtenir seules.
À l’heure où la concurrence pour les métaux de la transition fait rage, la RDC envoie donc un signal fort. Le pays, qui détient les plus grandes réserves mondiales de cobalt et d’importantes ressources en cuivre, affirme sa volonté de peser activement sur les équilibres de l’offre. La relation avec Mercuria EGC sert de modèle : elle combine capitaux et savoir-faire étrangers avec une souveraineté nationale préservée et renforcée par la régulation. L’enjeu, désormais, sera la scalabilité. Ce premier succès devra être répliqué et amplifié pour avoir un impact macroéconomique significatif sur la croissance nationale.
À moyen terme, cette évolution pourrait profondément modifier la carte des investissements miniers en RDC. Les futurs partenariats devront intégrer cette nouvelle donne réglementaire et commerciale pilotée par l’EGC. La question qui se pose maintenant est de savoir si ce modèle, associant régulation étatique stricte et partenariat avec des leaders mondiaux, deviendra la norme pour exploiter le potentiel minier congolais. Une chose est certaine : avec cette première transaction cuivre cobalt RDC, le pays a engagé une manœuvre décisive pour passer du statut de réservoir géologique à celui d’architecte de son propre destin industriel dans l’économie des métaux critiques.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
