Marie Kabasele regarde, impuissante, les derniers vestiges de sa maison glisser dans les entrailles de la terre. « Tout est parti en quelques heures. Les murs, nos meubles, les souvenirs… il ne reste plus que la boue », confie-t-elle, la voix brisée. Comme elle, des dizaines de familles du quartier Kanangayi, à Tshikapa dans la province du Kasaï, viennent de tout perdre, englouties par la progression foudroyante du ravin Saïsaï. Un phénomène d’érosion spectaculaire et destructeur, dramatiquement accéléré par les récentes pluies torrentielles Kasaï.
La scène est apocalyptique. Là où s’élevaient des habitations il y a encore quelques jours, il ne reste qu’un gouffre béant. Plus d’une dizaine de maisons ont déjà été avalées par le sol, laissant leurs occupants dans un dénuement total et une urgence humanitaire Kasaï criante. Mais les dégâts ne s’arrêtent pas aux logements. L’érosion a littéralement coupé plusieurs artères principales de la ville, paralysant la circulation et isolant des quartiers entiers. Comment les habitants peuvent-ils aller travailler, à l’école ou à l’hôpital quand les routes disparaissent sous leurs pieds ?
La menace, aujourd’hui, ne plane plus seulement sur les habitations précaires. Elle gagne du terrain vers le cœur stratégique de la ville. Les autorités locales observent avec une inquiétude grandissante la progression du ravin en direction de la concession mennonite, qui abrite le siège de l’Assemblée provinciale, et de la mythique avenue Lumumba. L’image est forte : l’érosion, phénomène naturel souvent perçu comme marginal, est en train de ronger les symboles du pouvoir et de la vie collective tshikapoise. Jusqu’où ira-t-elle si rien n’est fait ?
Face à cette catastrophe en temps réel, la société civile du Kasaï monte au créneau. Alain Nkashama, son président provincial, lance un appel pressant et sans ambiguïté aux autorités. « Avec les pluies d’avant-hier, plusieurs habitations ont été englouties. Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour réaliser de grands travaux sur ce site et freiner la progression rapide du ravin. Ce sera une manière de protéger la population locale », plaide-t-il. Ce cri d’alarme est bien plus qu’une simple requête ; c’est le constat d’un abandon. Où sont les plans d’urgence ? Où sont les engins pour contenir cette érosion Kasaï qui dévore la ville morceau par morceau ?
Derrière chaque maison engloutie à Tshikapa, il y a une histoire, une famille jetée dans la précarité la plus absolue. Ces victimes du ravin Saïsaï Tshikapa rejoignent les rangs des déplacés environnementaux, une catégorie de plus en plus nombreuse en RDC. Elles survivent aujourd’hui chez des proches, déjà surpeuplés, ou sous des bâches de fortune, vulnérables aux maladies et à l’insécurité alimentaire. Cette crise met en lumière la vulnérabilité criante des zones urbaines congolaises face aux aléas climatiques, une vulnérabilité exacerbée par un urbanisme anarchique et un manque criant d’infrastructures de drainage.
Les pluies torrentielles Kasaï ne sont peut-être que le déclencheur. La racine du mal est plus profonde. Elle touche à la gestion du territoire, à la déforestation, au manque d’investissement dans la prévention des risques. À quand une politique nationale ambitieuse de lutte contre l’érosion et les inondations dans des villes comme Tshikapa ? L’inaction a un coût, et il se compte déjà en vies bouleversées, en économie locale paralysée et en avenir compromise.
La situation à Tshikapa est un signal d’alarme qui doit retentir bien au-delà du Kasaï. Elle interroge notre capacité collective à protéger les citoyens contre les catastrophes environnementales. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action concrète. Les grands travaux évoqués par la société civile sont une nécessité immédiate. Il en va de la sécurité de milliers de personnes et de la préservation du tissu urbain. L’urgence humanitaire est là, visible, tragique. Les autorités provinciales et nationales parviendront-elles à relever ce défi avant que le ravin Saïsaï ne grignote un peu plus du futur de Tshikapa ? La réponse à cette question rhétorique définira le degré de résilience de toute une région face aux colères de la nature.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
