Une lueur d’espoir se dessine pour les personnes vivant avec des troubles psychiques en République Démocratique du Congo. Ce jeudi 12 février à Kinshasa, un collectif d’experts a officiellement proposé l’adoption d’une loi spécifique sur la santé mentale. Cette initiative, portée par le Réseau d’ONG d’action en santé mentale – qui rassemble professionnels de santé et universitaires – vise à mettre fin à des décennies de négligence et de violations. Leur objectif est clair : lutter contre les traitements inhumains dont sont encore trop souvent victimes ces patients et garantir leur sécurité, leur accès aux soins et la protection fondamentale de leurs droits.
Imaginez une maladie où le premier symptôme serait l’exclusion sociale, et le traitement, l’enfermement ou la maltraitance. C’est encore la réalité pour de nombreux Congolais atteints de troubles mentaux. L’absence de cadre juridique clair laisse un vide propice aux abus et à la stigmatisation. La proposition de loi sur la santé mentale Congo cherche précisément à combler ce vide. Elle ne se contente pas de condamner les mauvaises pratiques ; elle propose un cadre pour organiser et humaniser les soins.
Le professeur Daniel Okitundu, médecin directeur du Centre Neuro-Psycho-Pathologique (CNPP), résume l’enjeu avec précision. Selon lui, cette loi permettra « d’organiser convenablement le service de soins de santé mentale et de protéger les droits humains des personnes affectées ». Cette double mission – organisation des soins et protection des droits – est le cœur battant de la réforme. Il ne s’agit pas seulement de construire plus d’infrastructures, mais de changer de paradigme : le patient n’est plus un objet de soin dont on se débarrasse, mais un sujet de droit à part entière.
Pourquoi une loi est-elle si cruciale ? Sans texte fort, les initiatives restent isolées, les financements aléatoires et la formation des personnels insuffisante. Une loi donne une légitimité politique à la santé mentale, en fait une priorité de santé publique au même titre que le paludisme ou la vaccination. Elle oblige l’État à allouer des ressources et à rendre des comptes. Elle offre aussi des outils concrets pour défendre les droits patients psychiatriques, souvent bafoués dans l’ignorance générale.
L’importance de cet investissement a été soulignée par le professeur Guy Bumoko, représentant la ministre de l’Enseignement supérieur. Son message est porteur d’une vision stratégique : « Les nations prospères ne sont pas celles qui possèdent le plus de richesses naturelles, mais celles qui investissent dans leur capital humain, notamment le capital cérébral ». Cette déclaration replace la santé mentale RDC au centre du développement national. Un pays ne peut espérer progresser si une partie de sa population est laissée pour compte, souffrant en silence de troubles psychiques Kinshasa et dans toutes les provinces.
Mais concrètement, que pourrait changer cette loi ? Elle pourrait encadrer les conditions d’hospitalisation, souvent arbitraires, et promouvoir les alternatives à l’enfermement. Elle pourrait garantir l’accès à des médicaments essentiels et à un suivi psychologique. Elle pourrait surtout lancer des campagnes de sensibilisation pour briser les tabous. La maladie mentale n’est ni une malédiction ni une faiblesse de caractère ; c’est une affection médicale qui se soigne. Le premier traitement, c’est souvent la dignité retrouvée.
La route est cependant encore longue. La proposition de loi santé mentale doit désormais passer par une phase d’amendement pour peaufiner ses articles avant d’être présentée à l’Assemblée nationale pour adoption. Ce processus parlementaire sera un test crucial pour mesurer l’engagement réel des autorités. La société civile et les professionnels devront rester mobilisés pour porter ce texte et s’assurer qu’il ne perde pas de sa substance.
En conclusion, cette initiative marque un tournant potentiel. Elle répond à un besoin urgent exprimé par les familles et les soignants sur le terrain. Adopter une loi forte serait un signal puissant : la RDC reconnaît enfin que la santé mentale est un pilier du bien-être collectif. Il appartient maintenant aux décideurs politiques de transformer cette proposition en une réalité législative. L’espoir est permis, mais la vigilance reste de mise. La santé de milliers de concitoyens en dépend.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
