En cette Journée internationale des femmes et des filles de science, une question cruciale se pose en République Démocratique du Congo : comment garantir une participation inclusive de toutes les jeunes filles aux domaines d’avenir ? À Matadi, dans le Kongo Central, une initiative ciblée tente d’apporter une réponse concrète en direction d’un public souvent doublement marginalisé.
Le mercredi 11 février, le Collectif Citoyen Actif (CCA) a choisi l’Institut Espérance de Matadi, une école conventionnée catholique, pour organiser une séance de sensibilisation hors du commun. L’objectif ? Encourager les jeunes filles malentendantes scolarisées dans cet établissement à briser les stéréotypes de genre et de handicap pour envisager sereinement des carrières dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques, plus communément appelées STEM. Cette action locale s’inscrit dans une réflexion globale, placée sous le thème « De la vision à l’impact : combler les écarts entre les genres et redéfinir les STEM ».
Mais pourquoi cibler spécifiquement les élèves sourdes ou malentendantes ? La réalité est que ces jeunes filles font face à un cumul d’obstacles. Au-delà des barrières sociales qui dissuadent souvent les femmes de s’orienter vers les sciences, elles doivent également composer avec des préjugés liés à leur handicap, les enfermant parfois dans un sentiment d’incapacité. Le plaidoyer du CCA au Kongo Central vise précisément à déconstruire ces idées reçues.
« On constate qu’il y a beaucoup de garçons dans le domaine de la science et peu de femmes. Et nous sommes venus ici à l’école Espérance pour sensibiliser ces enfants, à faire appel à l’action pour qu’elles également rejoignent le domaine de la science », a expliqué Wallytride Ngengi, coordinatrice provinciale du CCA. Son message aux élèves a été sans équivoque : avoir confiance en leurs capacités et refuser de se sous-estimer. Cette sensibilisation STEM au Kongo Central ne se contente pas de discours ; elle cherche à instiller une conviction profonde : le talent scientifique n’a ni sexe, ni condition auditive.
L’impact d’une telle visite ne se mesure pas qu’en termes d’ambition professionnelle. Le gestionnaire de l’Institut Espérance en a témoigné avec émotion : « Vraiment c’est un sentiment de joie. Vous savez, ces enfants se sentent délaissés. Lorsqu’il y a des gens qui viennent leur rendre visite, ils sont vraiment émerveillés et contents. » Ses mots soulignent un enjeu fondamental de l’éducation des filles malentendantes : la reconnaissance et l’inclusion sociale. Une simple visite devient alors un acte de valorisation puissant, un signal envoyé à ces élèves qu’elles font partie de la communauté et qu’elles ont leur place dans les filières d’excellence.
Cette activité organisée par le Collectif Citoyen Actif en RDC ouvre ainsi une brèche dans un paysage éducatif où l’accompagnement spécifique des enfants en situation de handicap, notamment vers les métiers techniques, reste insuffisant. L’initiative démontre qu’une approche ciblée, alliant plaidoyer et présence sur le terrain, peut commencer à faire bouger les lignes. Le plaidoyer pour la multiplication de ce type d’actions est d’ailleurs unanime parmi les participants.
Au-delà de l’événement ponctuel, la perspective est celle de la pérennisation. Le CCA envisage de poursuivre et d’étendre ces actions dans le Kongo Central, dans le cadre d’une vision plus large visant à promouvoir une masculinité positive et à lutter contre les traditions rétrogrates qui entravent l’épanouissement de la jeune fille congolaise. La route est encore longue pour atteindre une parfaite équité, mais chaque étape compte.
Finalement, cette journée à l’école Espérance de Matadi pose une question essentielle pour l’avenir du pays : la RDC peut-elle se permettre de passer à côté du potentiel scientifique de toute une partie de sa jeunesse, sous prétexte de genre ou de handicap ? En incitant les filles malentendantes à embrasser les STEM, c’est tout un pan de l’innovation future qui se prépare. L’enjeu est non seulement d’combler les écarts entre les genres mais aussi de bâtir une société véritablement inclusive, où le progrès scientifique est porté par tous les talents, sans exception. Le travail de sensibilisation et d’accompagnement initié par des organisations comme le Collectif Citoyen Actif apparaît dès lors non comme une option, mais comme une nécessité pour le développement national.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
