La justice provinciale dans le Kwilu est confrontée à une crise aux conséquences dramatiques. Dans la ville de Bulungu, la paralysie des tribunaux, due à une carence criante de magistrats, a conduit à la mort d’au moins cinq détenus depuis le mois de janvier, selon des sources locales. Ces décès, survenus en détention, interrogent sur l’effectivité du droit à un procès équitable et dans un délai raisonnable, un principe fondamental pourtant garanti par la Constitution de la République Démocratique du Congo.
La majorité des victimes identifiées étaient des prévenus dont les procédures judiciaires avaient été formellement engagées, avec des dossiers fixés devant le juge, avant de tomber dans un vide procédural absolu. Cette situation procède directement de la fermeture du tribunal de grande instance de Bulungu depuis le 15 décembre 2025. Cette juridiction, qui représente un maillon essentiel de l’appareil judiciaire dans la région, a cessé toute activité, laissant des centaines de dossiers en suspens et des familles dans l’angoisse.
Les chiffres témoignent de l’ampleur de la paralysie. La prison centrale de Bulungu compte actuellement 93 personnes incarcérées. Parmi elles, seules 25 ont été l’objet d’une condamnation définitive. Les 68 autres, soit plus des deux tiers des détenus, croupissent en détention préventive dans l’attente indéterminée d’une comparution ou d’une décision sur leur sort. Cette attente, qui se prolonge indéfiniment, constitue une double peine et met en lumière les défaillances structurelles du système.
« Le tribunal de grande instance de Bulungu n’a que le président qui est chef de juridiction, avec un seul juge. Et on assume un défenseur judiciaire pour compléter le siège », a détaillé Me Dirigeant Munzende, président de la société civile locale. Il a ajouté, avec une gravité mesurée : « Nous passons déjà deux mois, les dernières audiences ont eu lieu le 15 décembre 2025. Et jusqu’aujourd’hui, aucune affaire n’est passée. Nous constatons que depuis le mois de décembre jusqu’aujourd’hui, il y a plusieurs cas de décès de détenus qui n’ont pas connu leur sort mais sont décédés en cours d’instances pour les uns et pour les autres, les dossiers ne sont pas encore fixés. »
La situation est d’autant plus critique que la prison centrale de Bulungu joue un rôle de plateforme carcérale pour toute la province du Kwilu. Elle accueille en effet des détenus en instance d’appel en provenance de cinq territoires différents, ce qui contribue à sa surpopulation et aggrave la pression sur des infrastructures déjà limitées. Comment une telle carence de magistrats a-t-elle pu s’installer ? Quels mécanismes de relève ou de suppléance ont échoué ? La lenteur administrative dans la nomination ou la mutation des juges se paie désormais au prix fort, par la perte de vies humaines.
La dénonciation portée par la société civile locale souligne une violation flagrante du droit à la justice. Ce droit, qui implique l’accès à un tribunal fonctionnel, est réduit à néant lorsque les prétoires restent vides pendant des mois. Les conséquences sont palpables : une détention qui devient arbitraire par son caractère prolongé et sans perspective judiciaire, une pression insoutenable sur le système pénitentiaire, et finalement, une atteinte fondamentale à la dignité humaine.
Au-delà du drame humain immédiat, cette paralysie du tribunal de Bulungu porte un coup sévère à la crédibilité de l’État de droit dans la région. Elle engendre un sentiment d’impunité pour certains et d’abandon pour d’autres, minant la confiance des populations dans les institutions républicaines. La situation actuelle à Bulungu pose une question fondamentale sur la priorité accordée à la justice dans les provinces éloignées de la capitale. La carence magistrats Kwilu n’est plus un simple dysfonctionnement administratif ; elle est devenue une urgence humanitaire et judiciaire.
Les autorités judiciaires provinciales et nationales sont désormais interpellées pour une réaction immédiate. La réouverture du tribunal et la reprise effective des audiences s’imposent comme un impératif catégorique pour éviter de nouveaux décès détenus RDC. Des solutions temporaires, comme la détachée de magistrats d’autres juridictions ou l’accélération des procédures de nomination, doivent être explorées sans délai. L’enjeu est de rendre son rôle à la justice, non seulement comme une institution punitive, mais surtout comme un rempart contre l’arbitraire et une garantie des libertés individuelles. Le silence des audiences à Bulungu ne doit plus résonner comme un écho funèbre dans les cellules de la prison centrale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
