Le partenariat stratégique RDC-USA, conclu sous les auspices de l’administration américaine, cristallise les espoirs de transformation structurelle de l’économie congolaise. Centré sur les minerais critiques et le développement d’infrastructures, cet accord est souvent perçu à travers le prisme de la rivalité géostratégique entre Washington et Pékin. Pourtant, lors du Mining Indaba en Afrique du Sud, le ministre des Mines, Louis Watum, a fermement recentré le débat sur les priorités nationales. « La rivalité entre la Chine et les États-Unis ne nous intéresse pas », a-t-il déclaré, posant d’emblée le cadre d’une souveraineté économique revendiquée. Cette position soulève une question fondamentale : la RDC peut-elle réellement tirer profit de ses ressources sans être instrumentalisée par les grandes puissances ?
Pour Louis Watum, la réponse est claire : l’investissement États-Unis RDC doit servir avant tout l’« enjeu central du développement humain ». Avec une population dont l’âge médian avoisine 18 ans, le pays fait face à une urgence de formation et de création d’emplois qualifiés. Le ministre a ainsi évoqué la nécessité d’investir massivement dans l’éducation, la recherche et la création de centres d’excellence, afin d’insérer la RDC dans l’économie du savoir. Cette vision place le développement minier non plus comme une simple extraction, mais comme un levier pour bâtir un capital humain compétitif. Le rapprochement entre l’université et l’industrie minière est érigé en priorité absolue, une stratégie visant à capter une plus grande valeur ajoutée en local et à réduire la dépendance aux expertises étrangères.
Sur le plan strictement économique, les chiffres avancés par le ministre dessinent un champ des possibles immense. Seulement 10% du potentiel minier de la RDC serait actuellement exploité, laissant 90% de ressources encore inexploitées et ouvertes aux partenariats. Cette donnée, souvent répétée dans les interview de Louis Watum, transforme le récit traditionnel de la « malédiction des ressources ». Elle présente plutôt le sous-sol congolais comme un gisement de croissance inexploité, capable d’attirer des investissements diversifiés sans logique d’exclusion. « Il y a de la place pour tout le monde », a insisté le ministre, répondant aux craintes d’un évincement des acteurs historiques comme la Chine au profit des Américains.
La mise en œuvre opérationnelle de ce partenariat RDC USA mines a franchi une étape concrète avec la première réunion du Comité de pilotage conjoint au Département d’État américain. L’examen de la « liste des actifs stratégiques » (Strategic Asset Reserve – SAR) soumise par Kinshasa constitue un pivot. Ce document, destiné à guider les investisseurs privés américains, doit identifier les projets jugés prioritaires, notamment dans les corridors énergétiques et logistiques comme celui de Lobito. Les deux parties se sont engagées à soutenir les investissements privés, à développer les infrastructures nécessaires et à promouvoir la diversification économique par la transformation locale des minerais critiques RDC. Des projets soutenus par la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) ont été retenus comme prioritaires, et une assistance technique est prévue via le déploiement d’équipes américaines sur le terrain.
Face aux accusations récurrentes de braderie des ressources, la communication de Louis Watum se veut rassurante et ferme. « Nous n’avons rien vendu, et nous ne vendrons rien pour rien », a-t-il martelé, rappelant le devoir envers 120 millions de Congolais. L’accord avec Washington est présenté comme un cadre de discussion flexible, où seuls les projets d’intérêt mutuel aboutiront. Cette approche pragmatique vise à maximiser la valeur pour la nation tout en diversifiant les partenariats. Elle reflète une maturité stratégique croissante : utiliser la concurrence entre investisseurs comme une opportunité pour négocier de meilleurs termes, plutôt que comme une contrainte géopolitique.
À long terme, l’impact de ce partenariat se mesurera à sa capacité à générer une croissance inclusive. Le défi dépasse l’extraction : il s’agit de construire des fondations solides – énergie, transports, formation – pour une économie résiliente. Le succès dépendra de la rigueur dans l’exécution des projets et de la transparence dans la gestion des revenus. Si ces conditions sont remplies, le développement minier RDC pourrait enfin devenir le moteur d’une transformation durable, permettant au pays de jouer « sa propre partition » sur l’échiquier économique mondial, comme le souhaite Louis Watum. La balle est désormais dans le camp des acteurs pour traduire les déclarations d’intention en réalisations tangibles pour les populations.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
