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Accord de Washington : la RDC au cœur d’un rééquilibrage géopolitique face au Rwanda

L’ombre des stratégies géopolitiques s’allonge sur le Congo, dessinant un nouveau chapitre où les alliances se recomposent autour des minerais critiques. L’accord de Washington, récemment au cœur des débats, est présenté par ses partisans comme un tournant décisif. Pour Dorley Matumona, cadre influent de l’UDPS, cet accord ne se résume pas à un simple paraphe sur un document diplomatique. Il incarne, selon lui, une revalorisation fondamentale de la position internationale de la RDC, renforçant sa souveraineté face aux pressions extérieures. Mais cette lecture optimiste dissimule-t-elle une réalité plus complexe, où le Congo devient l’enjeu d’une rivalité entre grandes puissances ?

« Il consolide la sécurité interne de la RDC et offre un soutien puissant face aux pressions extérieures, tout en favorisant une exploitation plus transparente et équitable de ses ressources », a déclaré Matumona à Radio Okapi. Ce discours officiel met en avant les bénéfices attendus : un partenariat direct avec les États-Unis, court-circuitant les intermédiaires traditionnels. Le basculement perçu de l’administration Trump vers Kinshasa s’expliquerait, en filigrane, par le rôle stratégique du pays, qualifié de « véritable poumon mondial des minerais critiques ». Cobalt, cuivre, lithium, coltan : ces ressources, essentielles à la transition énergétique et aux technologies avancées, ont attisé les appétits. Face au retard accumulé par rapport à la Chine dans la course aux terres rares, Washington aurait identifié la RDC comme une opportunité majeure à saisir directement.

Cette nouvelle dynamique internationale aurait, selon l’analyse de Dorley Matumona, un corollaire immédiat : le Rwanda perdrait progressivement son « rôle pivot ». L’absence de Kigali à la conférence ministérielle de Washington du 4 février 2026, réunissant une cinquantaine de pays, est citée en exemple. Cette marginalisation apparente pousserait le Rwanda, toujours selon le cadre de l’UDPS, à adopter une « stratégie ancienne » : tenter de « congoliser » l’agression en exacerbant les divisions internes au sein de la classe politique congolaise. Des appels seraient ainsi lancés à d’anciens alliés ou figures influentes pour raviver des clivages passés, une tactique visant à fragiliser Kinshasa de l’intérieur alors que sa position internationale semble se consolider.

Cette vision géostratégique repose sur un postulat : la capacité de la RDC à tirer profit de cette attention renouvelée pour affermir son État et son économie. L’accord promet une exploitation « plus transparente et équitable », mais son application concrète restera le véritable test. Le président et sa majorité jouent gros avec ce partenariat, dont les retombées – ou les déceptions – pourraient durablement influencer l’équilibre politique interne. La question sous-jacente est de savoir si Kinshasa sera un partenaire actif ou un terrain d’extraction pour les intérêts américains.

Face à ces manœuvres à haut niveau, une autre force émerge : la diaspora congolaise. De Bruxelles à Londres en passant par Paris, elle se mobilise activement, manifestant et dénonçant à l’unisson toute forme de division. Cette unité affichée, particulièrement visible lors des rassemblements de février, constitue un contre-pouvoir symbolique fort. Elle renforce la légitimité des discours sur la souveraineté nationale et rejette publiquement toute instrumentalisation extérieure, qu’elle vienne de pays voisins ou de plus loin. Cette mobilisation citoyenne transnationale ajoute une dimension inédite au débat, rappelant que l’avenir de la RDC se joue aussi dans l’engagement de ses fils et filles à l’étranger.

En définitive, l’accord de Washington ouvre une période de rééquilibrage des relations internationales de la RDC. S’il offre une fenêtre d’opportunité pour consolider la souveraineté et le contrôle sur les ressources, il place également le pays sous un projecteur plus intense, avec toutes les attentes et les pressions que cela implique. La capacité de la classe politique à maintenir une frontière claire entre partenariat stratégique et dépendance sera scrutée. Les prochains mois révéleront si cette nouvelle donne se traduira par un renforcement concret de l’État congolais ou si elle ne fera que déplacer les lignes de l’influence étrangère. Le défi pour Kinshasa est désormais de transformer une reconnaissance diplomatique en gains tangibles pour sa population, tout en maintenant la fragile unité nationale face aux tentatives de déstabilisation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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