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RDC : Les évêques anglicans somment Kinshasa de choisir le dialogue face à la crise

Dans le contexte d’une crise sécuritaire qui mine depuis des années l’Est de la République Démocratique du Congo, un message fort émane désormais des hautes sphères religieuses. La 48ème session du collège et du colloque du développement des évêques anglicans de la RDC et du Congo-Brazzaville, tenue à Aru en Ituri, s’est transformée en une tribune politique d’une rare intensité. Les prélats, réunis à quelques kilomètres seulement des foyers de tension, ont délaissé les seules considérations pastorales pour adresser une interpellation cinglante aux autorités de Kinshasa et à la communauté internationale. Leur communiqué final, loin d’être une simple déclaration de principe, sonne comme un véritable manifeste pour une refonte de la stratégie nationale face à l’insécurité.

Le choix du lieu, Aru, ville du primat de l’église anglicane, Sa Grâce Titre Ande Georges, n’est pas anodin. Cette localité, située à 230 km au nord de Bunia, se trouve au cœur d’une région historiquement meurtrie par les conflits. En s’y réunissant, les évêques ont placé leurs travaux sous le signe d’une proximité symbolique avec les souffrances des populations. La présence d’autorités locales et de coordinateurs diocésains venus des deux Congo confère à leurs conclusions un poids considérable, transcendant les frontières administratives pour s’ancrer dans une réalité humaine et spirituelle partagée.

Le cœur du message est sans ambiguïté : face à la crise, la voie militaire est une impasse. Les évêques anglicans exhortent avec une gravité mesurée les autorités congolaises à privilégier le « dialogue sincère avec sagesse à tous les niveaux » comme unique chemin vers une paix durable. Cette affirmation, maintes fois répétée dans la sphère civile, prend une résonance particulière lorsqu’elle émane de leaders religieux dont l’influence sur les communautés locales est souvent plus tangible que celle de l’État central. En appelant à un dialogue « interne à tous les niveaux, local, provincial et national », les prélats esquissent les contours d’un processus de guérison qui passerait par une réconciliation ascendante, partant des bases pour reconstruire une cohésion nationale érodée.

Mais l’appel ne s’adresse pas qu’à Kinshasa. La communauté internationale est, elle aussi, sommée de prendre des mesures « courageuses » pour le rétablissement de la paix dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Cette mention ciblée des trois provinces en proie aux violences des groupes armés, dont les ADF explicitement condamnés, constitue un rappel à l’ordre. Elle souligne l’échec perçu des mécanismes internationaux de maintien de la paix et la nécessité d’une action plus déterminée. Le gouvernement congolais joue-t-il son crédit en misant essentiellement sur des solutions sécuritaires, tandis que les voix religieuses plaident pour le dialogue ? La question plane, en filigrane, sur l’ensemble de la déclaration.

L’engagement personnel annoncé du collège des évêques est un autre élément marquant. Ils ne se contentent pas d’observer ou de commenter ; ils promettent de « s’impliquer à tous les niveaux pour une paix durable ». Cet activisme religieux, qui se traduit par un encouragement des fidèles à devenir des « artisans de paix », pourrait-il pallier les carences de l’action politique ? En appelant toutes les parties prenantes à renoncer aux armes, les évêques se positionnent en médiateurs potentiels, crédibles par leur ancrage local et leur neutralité apparente vis-à-vis des calculs politiciens.

La conclusion du communiqué frappe par son diagnostic sans concession : la division « affaiblit la mission et expose la population civile à la souffrance ». Ce constat, bien que formulé dans un contexte ecclésial, peut être lu comme une métaphore de la situation nationale. L’appel à l’unité, à la discipline et à une « vision commune orientée vers la protection du peuple » ressemble étrangement à un programme de gouvernance que beaucoup appellent de leurs vœux. Le message des évêques anglicans dépasse ainsi le cadre religieux pour se muer en une feuille de route politique alternative, fondée sur la réconciliation et le dialogue. Reste à savoir si les destinataires de cet appel, à Kinshasa et dans les capitales occidentales, auront la sagesse d’en entendre la pertinence, ou s’ils persisteront dans des stratégies dont l’échec est, jour après jour, démontré par la persistance des cris et du chaos dans l’Est du pays.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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