Les coups de bulldozer ont résonné dans le groupement Maputu, territoire de Muanda, Kongo-Central, brisant bien plus que des murs de briques. Des familles ont vu leurs vies réduites en poussière en l’espace de quelques heures, sous les yeux impuissants des habitants. Cette démolition de maisons à Maputu, orchestrée par des militaires de la base militaire de Kitona, soulève une tempête d’indignation et de profondes interrogations sur l’arbitraire et le respect des droits humains dans la région.
« Ils sont arrivés sans préavis, sans explication. Nous n’avons même pas eu le temps de sauver nos affaires », confie, la voix brisée, un habitant dont la maison a été rasée. Cette scène de désolation se répète pour plusieurs ménages, laissant derrière elle un paysage de ruines et de vies bouleversées. Quelle urgence justifiait une telle brutalité ? Sur quel fondement légal repose cette expropriation violente ? Ces questions hantent désormais la communauté de Maputu, plongée dans une précarité encore plus grande.
Face à ce qui ressemble à un abus de pouvoir, la voix du député Jelson Sisi Vimbi s’est élevée avec force pour dénoncer une action qu’il qualifie d’illégale et d’injustifiée. Le parlementaire provincial affirme que les limites de la base militaire avaient été clairement établies par le passé, et que la population s’était installée en dehors de l’emprise militaire. « Dans l’hypothèse où la population aurait construit en dehors de la limite de la base militaire de Kitona, je crois qu’une procédure légale devrait être mise en place pour connaître la vérité », a-t-il déclaré. Son intervention met en lumière le déni de justice subi par les victimes, à qui l’on a refusé le droit de présenter leurs documents ou de se défendre.
Ce conflit terres Kongo-Central n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une longue histoire de tensions foncières où la force prend souvent le pas sur le droit. L’opération menée à Maputu illustre un problème systémique : l’opacité qui entoure les limites des domaines militaires et l’absence de dialogue avec les communautés riveraines. Les habitants, souvent installés depuis des générations, se retrouvent pris en étau entre des titres de propriété ancestraux et des revendications territoriales émanant des institutions de l’État.
L’appel lancé par le député Sisi Vimbi aux autorités hiérarchiques des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) est un cri d’alarme. Il demande une intervention rapide pour stopper les démolitions, rétablir les droits des habitants de Maputu et engager une procédure légale claire pour déterminer une fois pour toutes les vraies limites de la base. Cet appel résonne comme un test pour l’État de droit. Jusqu’où peut-on sacrifier la sécurité et la dignité des civils au nom d’intérêts qui restent flous ?
Le silence des autorités locales, l’administrateur du territoire et le commandant de la base militaire de Kitona n’ayant pas répondu aux sollicitations, alimente les suspicions et la colère. Ce mutisme est perçu comme un mépris pour une population déjà vulnérable. En l’absence de transparence, la rumeur et la défiance prospèrent, minant la cohésion sociale et la confiance envers les institutions.
Les conséquences de ces démolitions dépassent le simple cadre matériel. C’est tout un tissu social qui est déchiré. Des enfants privés d’école, des familles éparpillées, des activités économiques anéanties. La spirale de la pauvreté s’accélère, creusant les inégalités dans une région qui a pourtant un potentiel économique indéniable. Comment envisager un développement harmonieux du Kongo-Central si les fondements mêmes de la sécurité juridique des citoyens sont remis en cause par ceux qui sont censés les protéger ?
L’affaire de Maputu doit servir d’électrochoc. Elle pose des questions fondamentales sur la gouvernance foncière, le rôle de l’armée dans la société civile et la protection des plus faibles face à l’appareil d’État. La recherche de la vérité et de la justice n’est pas seulement une exigence pour les habitants de Maputu, c’est un impératif pour toute la nation congolaise. Résoudre ce conflit terres Kongo-Central dans le strict respect de la loi serait un signal fort envoyé à toutes les communautés vivant à proximité des zones militaires : leurs droits sont inaliénables et leur voix doit être entendue. L’heure n’est plus aux bulldozers, mais au dialogue et à la réconciliation.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
