Alors que l’Afrique centrale fait face à des défis sécuritaires complexes et mouvants, la République démocratique du Congo et la République du Congo semblent vouloir tourner une nouvelle page de leur histoire commune. La visite de Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, à Brazzaville depuis le 9 février, s’inscrit dans cette dynamique de rapprochement stratégique. Séparés par le fleuve Congo mais unis par des intérêts sécuritaires convergents, les deux pays entendent raffermir leur coopération militaire pour mieux répondre aux menaces qui ignorent les frontières.
Cette mission, officiellement destinée à consolider les partenariats militaires entre Kinshasa et Brazzaville, intervient dans un contexte régional particulièrement volatile. La sous-région d’Afrique centrale est en effet traversée par diverses crises : groupes armés, trafics en tout genre, et instabilités politiques récurrentes. Face à ce panorama, la coordination entre États voisins n’est plus une option mais une nécessité. Le Pool Malebo, ce bras de fleuve symbolique qui sépare les deux capitales, doit devenir un lieu de convergence stratégique plutôt qu’une simple frontière naturelle. La sécurité transfrontalière dans cette zone est un enjeu majeur pour les deux nations.
Mais au-delà des déclarations d’intention, que peut-on réellement attendre de cette visite ? Le vice-Premier ministre Kabombo Muadiamvita a prévu un tête-à-tête avec son homologue congolais, le général Charles Richard Mondjo, ainsi que plusieurs séances de travail avec des experts des deux pays. Les discussions porteront sur le partage d’expériences, la coordination opérationnelle et le renforcement des capacités institutionnelles. Sur le papier, le programme semble ambitieux. Reste à savoir si les deux parties parviendront à transcender les vieux réflexes de méfiance et à mettre en place des mécanismes concrets et efficaces.
La coopération militaire entre la RDC et le Congo-Brazzaville n’est pas une nouveauté, mais elle a souvent été entravée par des considérations politiques ou des divergences tactiques. Cette fois-ci, les deux capitales affichent une volonté commune de dépasser ces écueils. Pourtant, on peut légitimement s’interroger : cette soudaine frénésie de rapprochement est-elle motivée par une réelle prise de conscience des dangers communs, ou par des calculs politiques plus opportunistes ? Dans un environnement régional où les alliances sont fluctuantes, Kinshasa et Brazzaville cherchent peut-être à se positionner comme un pôle de stabilité, ou du moins à projeter une image d’unité face à des partenaires extérieurs parfois envahissants.
Les défis sécuritaires transfrontaliers autour du Pool Malebo et dans l’ensemble de la sous-région sont multiples. Ils vont de la criminalité organisée à la prolifération des groupes armés, en passant par des tensions communautaires qui peuvent dégénérer. Une réponse coordonnée exige non seulement des échanges de renseignements en temps réel, mais aussi une harmonisation des doctrines militaires et des engagements opérationnels conjoints. Le partenariat militaire entre Kinshasa et Brazzaville, s’il est bien structuré, pourrait servir de modèle pour une intégration sécuritaire plus large en Afrique centrale. Mais la question demeure : cette volonté affichée suffira-t-elle à surmonter les obstacles pratiques ?
Cependant, l’histoire récente montre que les beaux discours sur la coopération bilatérale se heurtent souvent à la dure réalité des moyens limités et des priorités nationales contradictoires. La RDC, engluée dans des conflits internes dans l’Est, pourra-t-elle consacrer l’attention et les ressources nécessaires à ce front occidental ? De son côté, Brazzaville, dont les forces de sécurité sont largement tournées vers le maintien de l’ordre interne, est-elle prête à s’engager dans des opérations conjointes ambitieuses ? Autant de questions qui planent sur les discussions en cours et qui pourraient miner les fondations de ce nouveau partenariat militaire.
La visite de Guy Kabombo Muadiamvita à Brazzaville est donc un test crucial pour la crédibilité de ce nouveau chapitre de la relation entre les deux Congo. Si elle aboutit à des accords tangibles et à une feuille de route claire, elle pourrait marquer un tournant dans la gestion des sécurités nationales et régionales. Dans le cas contraire, elle risquerait de n’être qu’un énième épisode de diplomatie protocolaire, sans impact sur le terrain. Les populations des deux rives du fleuve, qui partagent des liens historiques et culturels profonds, attendent des actes concrets pour leur sécurité quotidienne. Le succès de cette mission se mesurera à l’aune des résultats opérationnels, non des communiqués de presse.
À l’heure où les puissances extérieures multiplient les initiatives en Afrique centrale, une coopération militaire renforcée entre la RDC et le Congo-Brazzaville pourrait aussi être interprétée comme une affirmation de souveraineté. En prenant en main leur destin sécuritaire commun, Kinshasa et Brazzaville envoient un message à la communauté internationale : ils entendent être les premiers acteurs de leur stabilité. Mais là encore, entre l’intention et la réalisation, il y a un fossé que seule une volonté politique constante pourra combler. Les prochains mois révéleront si cette visite de Kabombo Muadiamvita aura été un simple coup d’éclat diplomatique ou le prélude à une alliance stratégique durable.
En conclusion, cette mission s’inscrit dans une logique de réalpolitik où la sécurité devient le ciment de relations bilatérales parfois tièdes. Les prochains jours diront si les deux Congo sont capables de transformer l’essai et de bâtir une architecture sécuritaire commune résiliente. Pour l’instant, les observateurs retiennent leur souffle, conscients que les enjeux dépassent largement le cadre d’une simple visite officielle. La sécurité transfrontalière dans le Pool Malebo et au-delà dépendra en grande partie de la capacité des deux pays à passer des mots aux actes. L’avenir de cette coopération militaire RDC Congo-Brazzaville se joue maintenant dans les couloirs feutrés de Brazzaville.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
