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Démolitions anarchiques à Limete : La colère des habitants de Pakadjuma paralyse Kinshasa

Ce mardi matin, le réveil de Pakadjuma a été brutal. Alors que le soleil tentait de percer l’habituelle brume de Kinshasa, le bruit des bulldozers a été couvert par les cris de colère. « Ils ont tout rasé sans préavis, sans discussion. Où vont dormir mes enfants ce soir ? », lance, la voix tremblante de rage et d’impuissance, Jeanne, une mère de famille dont la petite boutique vient d’être réduite en gravats sous ses yeux. Cette scène de désolation, répétée à plusieurs endroits du quartier, est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans cette partie de la commune de Limete, plongeant l’un des axes routiers les plus importants de la capitale dans le chaos.

La circulation des poids lourds, vitale pour l’approvisionnement de Kinshasa, a été paralysée pendant de longues heures. Des barricades de fortune, faites de pneus enflammés et de débris, ont surgi du bitume, portées par une foule d’habitants excédés. La fumée âcre des combustions improvisées montait encore dans le ciel en milieu de journée, dessinant un paysage de conflit urbain et rendant l’atmosphère irrespirable, tant physiquement que socialement. Si les véhicules ont fini par se ré-engager prudemment sur le boulevard, la circulation reste perturbée, à l’image d’une tension à Pakadjuma qui, elle, ne s’est pas dissipée.

Sur le terrain, le face-à-face est glaçant. D’un côté, des forces de sécurité massivement déployées. Les imposants véhicules « kabassele » du GMI Pakadjuma (Groupe Mobile d’Intervention de la Police) sont stationnés en ordre de bataille, tandis que des jeeps pick-up de la 14ᵉ région militaire sillonnent les ruelles adjacentes. Aux carrefours stratégiques, des policiers en tenue de maintien de l’ordre observent, méfiants, chaque mouvement. De l’autre côté, des regards noirs, des murmures qui courent, et cette question lancinante : jusqu’où ira cette colère ? Comment une opération d’urbanisme peut-elle dégénérer en une telle crise de défiance ?

L’origine du conflit, selon plusieurs sources concordantes sur place, réside dans une vague de démolitions anarchiques ordonnée par l’Hôtel de Ville. Des maisons, des échoppes, des annexes, jugées illégales, ont été rasées au petit matin, sans que les occupants n’aient, selon leurs dires, bénéficié du moindre délai ou de la moindre solution de relogement. Cette méthode brutale a été vécue comme une injustice criante, un mépris total pour la précarité du quotidien. Ces protestations des habitants de Kinshasa contre ce qu’ils perçoivent comme une violence institutionnelle traduisent un malaise bien plus profond que la simple perte d’un mur.

Elle interroge sur la gouvernance urbaine dans une mégapole où le fossé entre les décisions autoritaires et les réalités sociales des quartiers populires semble se creuser chaque jour un peu plus. Faut-il toujours passer par la force pour appliquer la loi ? L’ordre public doit-il systématiquement primer sur le droit des populations à être consultées, entendues, accompagnées ? Les démolitions à Limete posent une fois de plus ces questions brûlantes, sans apporter de réponses claires.

Pour l’instant, Pakadjuma retient son souffle. Les cendres des pneus brûlés salissent encore la chaussée, symbole d’une colère mal éteinte. Le déploiement des forces de l’ordre, bien que visible, semble davantage destiné à contenir qu’à apaiser. La véritable sécurisation de la zone passera-t-elle par le dialogue et la recherche de solutions pour les familles sinistrées, ou par la simple menace d’une répression accrue ? La suite des événements dans ce quartier de Kinshasa sera un test crucial pour les autorités municipales et un triste indicateur de l’état des relations entre l’État et ses citoyens dans les quartiers populaires. La paix sociale, à Kinshasa comme ailleurs, se construit rarement sur des ruines, mais bien plus souvent autour d’une table de négociation. Le message des habitants de Pakadjuma, porté par la fumée de leurs barricades, est on ne peut plus clair : ils demandent à être considérés.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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