Alors que la communauté internationale redouble d’efforts pour imposer un cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo, un signal contraire émane de la rébellion de l’AFC M23. Le mouvement a officialisé, ce mardi, le renforcement substantiel de ses capacités militaires. Cette annonce, intervenue lors d’une cérémonie à Tshanzu, dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu, jette une ombre sur les processus diplomatiques en cours à Luanda et Doha. Comment interpréter ce déploiement de force en pleine période de pourparlers ? La volonté affichée de paix est-elle compatible avec l’intégration de milliers de nouveaux combattants ?
Selon un communiqué du mouvement rendu public, 7.532 commandos ont achevé un cycle de formation et ont été intégrés au sein de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), son bras armé. Ce chiffre, avancé par la rébellion elle-même, n’a pu être immédiatement vérifié par des sources indépendantes sur le terrain. L’AFC M23 justifie cette montée en puissance par la nécessité de “missions de sécurisation et de défense des positions stratégiques”, ainsi que par le “contrôle des axes et des zones opérationnelles clés”. Une rhétorique qui s’inscrit, selon le groupe, dans “une logique de maintien de la supériorité tactique”.
Cette démonstration de force survient dans un contexte diplomatique particulièrement actif. Ces derniers jours, des dirigeants africains réunis à Luanda ont lancé un appel pressant aux belligérants. Ils ont exigé du gouvernement congolais et de l’AFC M23 une déclaration formelle de cessez-le-feu. Parallèlement, les Nations unies ont réaffirmé le soutien opérationnel de la MONUSCO pour faciliter la mise en œuvre d’une telle trêve. Ces initiatives louables semblent pourtant buter sur la réalité du terrain, où la logique militaire prend le pas sur les discours de paix.
Le contraste est saisissant. Au même moment où ces appels se font entendre, une autre réunion se tenait à Doha. Sous la médiation du Qatar et en présence de l’Union africaine, des États-Unis et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, les deux parties ont réaffirmé leur attachement à l’accord-cadre pour la paix signé en novembre 2025. Elles se sont engagées, une nouvelle fois, à respecter un cessez-le-feu. Cet engagement, répété dans les enceintes diplomatiques, est directement mis à l’épreuve par l’annonce de Tshanzu. La crédibilité du processus de Doha en est nécessairement affectée.
Le discours tenu par l’AFC M23 dans son communiqué ne laisse planer aucun doute sur sa posture. Le mouvement se présente comme prêt à toutes les éventualités. “Si le régime de Kinshasa souhaite la paix, nous y sommes prêts ; s’il choisit la guerre, nous le sommes également”, peut-on lire. Cette déclaration, pour le moins équivoque, illustre la volatilité de la situation. Elle révèle une stratégie de pression maximale, où la force militaire sert de levier dans les négociations. Cette approche contribue à entretenir un climat de méfiance réciproque, poison pour toute avancée significative vers la paix.
La question du soutien rwandais à la rébellion, régulièrement dénoncée par Kinshasa et plusieurs capitales occidentales, reste centrale dans cette équation. Bien que Kigali démente toute implication, les capacités logistiques et opérationnelles déployées par l’AFC M23 alimentent les suspicions. La formation accélérée de plusieurs milliers d’hommes, si elle est avérée, nécessite des infrastructures, des instructeurs et des ressources substantielles. Cette capacité contraste fortement avec le profil d’un mouvement insurgé classique, ravivant le débat sur les soutiens externes dans ce conflit du Nord-Kivu.
Sur le terrain, cette annonce a des implications immédiates. Le renforcement des effectifs de l’ARC signifie une présence accrue sur les lignes de front, une capacité de projection améliorée et potentiellement, une intensification des opérations. Pour les populations civiles du Nord-Kivu, déjà éprouvées par des années de violence, cette nouvelle est synonyme d’une prolongation de l’insécurité et des déplacements forcés. Elle éloigne un peu plus la perspective d’un retour à une vie normale, pourtant promise par les accords de paix.
Face à cette escalade, la réponse de Kinshasa est attendue. Le gouvernement congolais, qui mise sur une solution politique et diplomatique, se trouve dans une position délicate. Condamner les agissements de la rébellion est une chose, mais empêcher la consolidation de ses positions en est une autre. La pression sur les partenaires internationaux, notamment pour faire respecter les sanctions et exercer un contrôle sur les flux transfrontaliers, va probablement s’intensifier. La balle est également dans le camp de la communauté internationale, dont la cohérence entre les déclarations et les actions sur le terrain sera scrutée.
En définitive, l’annonce de la formation de 7.532 combattants par l’AFC M23 agit comme un électrochoc. Elle rappelle cruellement que dans l’est de la RDC, la paix se négocie aussi, et peut-être surtout, à travers le rapport de force militaire. Les processus de Luanda et de Doha, bien que nécessaires, semblent impuissants à inverser la dynamique de militarisation. Tant que les incitations à la guerre resteront plus fortes que les bénéfices de la paix, le cycle de la violence risque de persister. La crédibilité de la diplomatie internationale est aujourd’hui au cœur d’un test crucial dans les hautes terres du Kivu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
