Le prix du ciment gris dans la ville de Mbuji-Mayi, capitale du Kasaï-Oriental, connaît une envolée spectaculaire, grevant lourdement le secteur de la construction locale. En l’espace d’une semaine, le sac de 50 kg est passé de 25 dollars américains à une fourchette située entre 30 et 32 dollars, soit une hausse pouvant atteindre 28%. Cette flambée, bien plus qu’une simple fluctuation, paralyse les chantiers et illustre la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement dans la région.
À l’origine de cette crise, une pénurie ciment RDC aiguë, dont l’épicentre se trouve bien au-delà de Mbuji-Mayi. L’effondrement du pont Katongoka, dans la province voisine du Haut-Lomami, a coupé une artère logistique vitale. Cet ouvrage, clé pour le transport des marchandises vers le Kasaï-Oriental, a transformé une route d’approvisionnement en un goulet d’étranglement. Conséquence directe : les stocks se sont brutalement tari. Dès ce lundi 9 février, plusieurs dépôts de vente ont été contraints de baisser leurs rideaux, faute de marchandise à proposer aux nombreux clients, laissant le marché exsangue.
Le terrain témoigne d’une volatilité sans précédent. Bijou Binyanga, vendeuse sur le boulevard Laurent-Désiré Kabila, décrit une escalade quotidienne des prix ciment Mbuji-Mayi. « J’ai vendu le ciment entre 25 et 26 dollars mercredi. Le jour suivant, j’ai vendu à 26, 27, voire 28 dollars. Le jour suivant, j’ai vendu à 30, 33 dollars. Donc le ciment a vraiment haussé de prix », relate-t-elle, résumant la psychose qui s’est emparée du marché en quelques jours seulement. Cette hausse ciment Kasaï-Oriental n’est pas un simple ajustement mais un choc qui se répercute sur l’ensemble de l’écosystème économique local.
Face à cette paralysie, les regards se tournent vers un projet censé apporter une autonomie stratégique : l’usine ciment Tshitenge située à Katanda. Présentée comme la solution pour stabiliser l’approvisionnement local et maîtriser les coûts, cette infrastructure voit son inauguration sans cesse repoussée, créant une frustration palpable parmi les professionnels. Patrick Ilunga, propriétaire d’un chantier, exprime un espoir déçu : « On avait mis l’espoir d’avoir une première production avant la fin du mois de janvier dernier. Mais jusqu’à là, nous n’avons rien sur le marché. On ne sait pas quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent. »
Les difficultés, selon des sources proches de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), sont d’ordre logistique. Une partie cruciale du matériel destiné au montage de l’usine demeurerait bloquée dans le Haut-Katanga, retardant indéfiniment la mise en service de cet outil industriel. Ce contretemps souligne la dépendance persistante de la région aux importations et la fragilité des infrastructures de transport à l’échelle nationale. L’absence de production locale laisse le marché à la merci de tels aléas, avec des conséquences économiques en cascade.
L’impact sur le secteur construction RDC, et particulièrement dans le Kasaï-Oriental, est immédiat et sévère. Les chantiers, moteurs d’emplois et de développement urbain, ralentissent ou s’arrêtent net. Les entrepreneurs sont pris en tenaille entre des contrats fixés et des coûts de matière première qui s’envolent, mettant en péril la viabilité de leurs projets et la pérennité des emplois créés. Cette crise du ciment agit comme un frein brutal à l’investissement et à la croissance économique régionale. Comment un secteur peut-il se développer lorsque sa matière première de base devient une denrée rare et spéculative ?
À plus long terme, cette situation appelle à une réflexion sur la résilience économique. La réhabilitation du pont Katongoka est une urgence absolue pour rétablir les flux. Parallèlement, l’opérationnalisation de l’usine de Tshitenge doit devenir une priorité pour les autorités provinciales et nationales. La diversification des sources d’approvisionnement et le développement d’industries locales ne sont plus des options mais des nécessités pour sécuriser l’activité économique. La crise actuelle du ciment à Mbuji-Mayi est un signal d’alarme : elle révèle, une fois de plus, que la croissance d’une région dépend étroitement de la solidité de ses infrastructures et de sa capacité à produire sur son sol.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
