Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des sceaux, Guillaume Ngefa, a pris une décision majeure ce lundi en suspendant Bernard Kalombola de ses fonctions de président du conseil d’administration du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO). Cette suspension immédiate s’accompagne de la nomination, dans la foulée, de Dismas Kitenge Senga au poste de président intérimaire du conseil d’administration de cet établissement public. Ces arrêtés ministériels, dont copie a été transmise à la rédaction, interviennent dans le cadre strict de la mise en œuvre des récentes décisions du Conseil des ministres relatives au FRIVAO RDC.
Cette mesure administrative fait suite à de sérieuses allégations portées contre Bernard Kalombola, dont la teneur exacte n’a pas été officiellement dévoilée mais qui ont suffi à motiver une saisine de l’autorité judiciaire. En effet, le procureur général près la cour d’appel de Kisangani a été formellement instruit par le ministre Guillaume Ngefa d’ouvrir un dossier judiciaire à l’encontre de l’ancien président. Cette instruction marque le début d’une procédure pénale dont les développements seront scrutés avec attention, tant les enjeux de réparation pour les victimes de conflits sont sensibles sur le plan national et international.
Pour combler la vacance à la tête de cette institution cruciale, le choix du ministre de la Justice s’est porté sur une figure reconnue de la société civile congolaise. Dismas Kitenge Senga, président fondateur du Groupe Lotus, une organisation non gouvernementale de défense des droits humains et de développement, a donc été désigné pour assurer l’intérim. Sa nomination ne doit rien au hasard : elle repose sur un parcours exemplaire de plus de trente ans dédié à la promotion des droits des populations vulnérables et à l’accompagnement des victimes de crimes nationaux et internationaux. Son expertise en matière de justice transitionnelle, un pilier essentiel du mandat du FRIVAO, a été maintes fois sollicitée dans divers processus de réforme de l’État de droit en RDC et ailleurs en Afrique.
La carrière de Dismas Kitenge Senga est jalonnée d’engagements forts. De 2007 à 2016, il a exercé trois mandats consécutifs, totalisant neuf années, en tant que vice-président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), fédérant près de 200 organisations à travers le monde. Cette expérience à un haut niveau de gouvernance internationale lui confère une vision stratégique précieuse pour piloter le Fonds réparation victimes Ouganda. Parallèlement à son activisme, il a enrichi son bagage académique par de multiples formations pointues sur la prévention et la gestion des conflits, et poursuit actuellement un doctorat en sciences politiques à l’Université de Kisangani. Cette double casquette, d’acteur de terrain et de chercheur, est perçue comme un atout majeur pour redonner du souffle à la mission du FRIVAO.
Cette nomination revêt toutefois un caractère particulier, puisqu’elle n’est pas la première sollicitation adressée à Dismas Kitenge Senga. En 2023, une proposition de le nommer vice-président du comité de gestion du FRIVAO avait été déclinée par l’intéressé, qui avait alors invoqué un défaut de consultation préalable. Le fait qu’il accepte aujourd’hui la présidence intérimaire du conseil d’administration interroge sur l’évolution des garanties qui lui ont été apportées et sur l’urgence perçue de stabiliser l’institution. Son acceptation pourrait signaler une volonté de mettre fin aux turbulences qui ont récemment entaché la gestion du fonds et de restaurer la confiance des partenaires financiers et, surtout, des milliers de victimes en attente de réparation.
Quelles seront les premières actions du nouveau président intérimaire ? La priorité absolue sera très probablement d’assurer la continuité du service public et de garantir que les procédures d’indemnisation ne soient pas interrompues par ce changement à la tête de l’établissement. La mission du FRIVAO RDC, créé pour matérialiser les décisions de la Cour internationale de Justice concernant les réparations dues par l’Ouganda, est d’une importance capitale pour la crédibilité de l’État congolais en matière de justice transitionnelle. La suspension de Bernard Kalombola et l’arrivée de Dismas Kitenge Senga marquent donc un tournant administratif et peut-être éthique pour cette jeune institution. L’ouverture concomitante d’une enquête judiciaire rappelle que la gestion des fonds publics, surtout lorsqu’ils sont destinés aux plus vulnérables, doit se faire dans une transparence irréprochable. Les prochains mois diront si ce rééquilibrage des forces permettra au FRIVAO de fonctionner à la hauteur des immenses espoirs qu’il a suscités.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
