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Lubumbashi : 3 500 enfants des rues en danger, un mémorandum exige l’action

Le froid de la nuit tombe sur Lubumbashi, et avec lui, une angoisse familière pour des milliers d’âmes oubliées. Dans l’ombre des bâtiments décrépits ou sous le maigre abri des marchés, des enfants se blottissent, leur seul toit étant le ciel indifférent de la capitale du cuivre. Leur histoire, c’est celle d’une rupture, d’un lien familial brisé qui les a précipités dans le béton impitoyable de la ville. Comment une métropole aussi riche en ressources peut-elle laisser tant de ses jeunes à la dérive ?

Près de 3 500 enfants privés de liens familiaux survivent dans des conditions précaires à Lubumbashi, un chiffre glaçant qui révèle l’ampleur d’une crise humanitaire et sociale latente. Ce samedi 7 février, la jeunesse consciente de la ville a décidé de briser le silence en remettant un mémorandum au gouvernorat du Haut-Katanga. Le document, fruit d’une enquête de trois ans menée avec la Division provinciale du Genre et l’UNICEF, est un cri d’alarme. Il ne se contente pas de constater les dégâts ; il exige des actes.

Les propositions sont claires et urgentes. Les jeunes signataires exhortent les autorités provinciales à construire davantage de centres d’accueil dignes de ce nom. Il ne s’agit pas seulement de fournir un toit, mais un encadrement adapté à ces traumatismes, un accès garanti aux soins médicaux, et une perspective d’avenir. Face à la montée de la délinquance juvénile à Lubumbashi, ils préconisent une implication réfléchie des forces de l’ordre, privilégiant l’interpellation et la dissuasion comme outils de protection sociale plutôt que la seule répression. Car le constat est sans appel : la présence massive de ces enfants des rues à Lubumbashi est directement liée à une augmentation des actes d’agression, de vol et de menaces dans les quartiers. La ville est-elle en train de sacrifier une génération entière sur l’autel de l’indifférence ?

L’enquête sous-tendant le mémorandum a méthodiquement cartographié la détresse. Derrière le chiffre de 3 500, il y a des visages, des parcours de vie brisés, des enfants qui, privés du cocon familial, ont trouvé dans la rue une mère violente et une école de la survie à tout prix. Les conditions précaires à Lubumbashi pour ces jeunes ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’un système défaillant. La rue, en absorbant ces enfants, crée un terreau fertile pour l’insécurité, perpétuant un cycle vicieux de pauvreté et de violence.

Cette initiative citoyenne intervient dans un contexte où des solutions ponctuelles ont été tentées. Récemment, des centaines de jeunes présumés délinquants ont été transférés du Katanga vers le Service national de Kanyama Kasese dans le Haut-Lomami pour y suivre une formation professionnelle. Une mesure qui, si elle peut apparaître comme un palliatif, ne résout pas le problème à sa source. Le vrai défi est en amont : prévenir la rupture familiale, offrir une alternative immédiate et viable à la rue, et réinsérer socialement ces enfants avant que la délinquance ne devienne leur seul horizon.

Le mémorandum remis au gouvernorat du Haut-Katanga est donc plus qu’une pétition ; c’est un plan d’action concret formulé par la génération qui voit son avenir immédiat compromis. Il place les autorités provinciales face à leurs responsabilités. Construire des centres, c’est bien. Mais cela suffira-t-il sans une politique familiale robuste, sans un soutien psychosocial accessible, et sans une collaboration étroite entre les services sociaux, la police et la société civile ? La balle est désormais dans le camp du gouvernement provincial. L’inaction aurait un coût social exorbitant, transformant une crise humanitaire en bombe à retardement sécuritaire.

La situation des enfants des rues à Lubumbashi est le miroir des inégalités profondes qui traversent la RDC. Elle questionne notre capacité collective à protéger les plus vulnérables. Derrière chaque acte de délinquance juvénile à Lubumbashi, il y a souvent un cri étouffé, une main tendue qui n’a trouvé aucune autre à la saisir. Le véritable test pour les autorités du Haut-Katanga ne sera pas seulement dans la construction de murs, mais dans la reconstruction de vies. L’urgence n’est pas seulement statistique ; elle est humaine. Et le temps, pour ces 3 500 enfants, est une denrée qui se raréfie à chaque aube passée dans le froid des trottoirs de Lubumbashi.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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