Le silence a remplacé le bruit familier des pioches et des marteaux. À Tilwizembe, à quelques kilomètres de Kolwezi, le site minier artisanal ressemble à un champ de bataille abandonné. Un immense cratère et des bassins d’eau trouble sont les seuls témoins du drame qui a frappé dans la nuit du 6 au 7 février. « On n’a rien pu faire, tout est allé très vite. Les roches se sont détachées et ont enseveli nos camarades », murmure un creuseur, le regard vide, devant ce qui fut son lieu de travail. Onze vies ont été fauchées, six autres personnes grièvement blessées. Comment un tel accident minier Tilwizembe a-t-il pu se produire, dans l’indifférence apparente des cycles de mort qui frappent le secteur ?
Les opérations de secours, lancées à la hâte avec l’aide de volontaires, des agents du SAEMAPE et de la coopérative COMIBAKAT, ont permis de sortir les corps à la lueur de l’aube. Les blessés, eux, ont été évacués vers des centres de santé, leur avenir incertain. Ce éboulement mine artisanale n’est pourtant pas une fatalité isolée. Il intervient dans un contexte précis, celui d’une reprise d’activité aussi précipitée que dangereuse. Patiente Molayi, chargée de la relation publique du comité de creuseurs, livre une explication qui glace le sang : le site, où gravitent plus de 10 000 personnes, venait juste de rouvrir après huit mois d’inactivité forcée par la montée des eaux.
« Certains creuseurs sont retournés travailler sans encadrement technique. Ils étaient venus tard dans la soirée, après le départ du comité… Comme c’était la reprise après plus de huit mois d’arrêt, c’était presque une fête. Malheureusement, l’inévitable est arrivé. »
Ces mots résonnent comme un terrible constat d’échec. Une fête qui tourne au cauchemar. Où étaient les contrôles ? Où était la vigilance des autorités chargées de veiller au respect des normes ? L’absence de déclaration officielle des autorités provinciales, au moment où ces lignes sont écrites, en dit long sur la priorité accordée à ces vies sacrifiées sur l’autel de la survie économique. Les victimes mine Lualaba étaient des pères, des frères, des fils, venus chercher dans les entrailles de la terre de quoi nourrir leur famille.
Georges Nyembo Kitungwa, directeur provincial du SAEMAPE, lance un appel, peut-être trop tardif pour les onze disparus : « il est impératif de respecter strictement les normes de sécurité et l’encadrement minier pour éviter de nouvelles pertes en vies humaines. » Un discours entendu et réentendu après chaque tragédie. La réalité sur le terrain, elle, reste implacable. La précarité et la nécessité poussent des milliers d’hommes à prendre des risques insensés, dans des galeries creusées à la va-vite, sans le moindre soutènement. Le drame de Tilwizembe pose une question fondamentale : jusqu’à quand la sécurité minière RDC restera-t-elle une simple clause de style dans des rapports officiels, et non une réalité tangible pour ceux qui font vivre l’économie informelle du pays ?
Kolwezi et le Lualaba, cœur battant de la ceinture du cuivre, sont le théâtre récurrent de ces catastrophes. Chaque éboulement mine artisanale vient rappeler la schizophrénie d’un secteur minier congolais, où la richesse du sous-sol contraste avec la misère et l’insécurité de ceux qui l’extraient. Les creuseurs morts Kolwezi de Tilwizembe s’ajoutent à une liste macabre bien trop longue. Au-delà du deuil et de l’émotion, il est urgent que les déclarations d’intention laissent place à une action concertée et ferme. Un encadrement technique réel, une surveillance effective des sites, et surtout, des alternatives économiques pour ces travailleurs de l’ombre. En l’absence d’une telle volonté politique et sociale, les cratères de Tilwizembe continueront de se remplir d’eau et de larmes, dans l’attente silencieuse de la prochaine tragédie.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
