Le Portugal a choisi la voie de la modération et du rassemblement. Dimanche 8 février 2026, le socialiste modéré Antonio José Seguro a remporté une victoire écclatante au second tour de l’élection présidentielle, mettant un terme net à la poussée de l’extrême droite incarnée par André Ventura. Selon les résultats portant sur 95% des circonscriptions, le candidat de 63 ans a recueilli 66% des suffrages, contre 34% pour son adversaire. Cette large marge dessine une carte politique claire et envoie un message puissant à l’Europe et au monde.
Antonio José Seguro, ancien secrétaire général du Parti socialiste et figure connue pour son tempérament conciliateur, succédera le 9 mars au conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, après dix ans de mandat de ce dernier. Sa victoire apparaît comme le couronnement d’un retour réussi sur le devant de la scène, après une décennie en retrait. Au premier tour, il avait déjà créé la surprise en arrivant en tête avec 31,1% des voix, bénéficiant ensuite d’un large front républicain allant de l’extrême gauche à une partie de la droite pour barrer la route à l’extrême droite.
Face à lui, André Ventura, le tribun de 43 ans et président de la formation « Chega », incarnait la promesse d’une rupture radicale. Sa qualification pour le second tour, avec 23,5% des voix au premier tour, avait confirmé l’ancrage de son mouvement comme première force d’opposition au Parlement. Cependant, la stratégie de polarisation et les propos provocateurs du candidat semblent avoir atteint leurs limites face à un électorat majoritairement soucieux de stabilité, surtout dans un contexte de crises climatiques récentes.
La campagne, tronquée et bouleversée par les tempêtes meurtrières qui ont frappé le pays ces deux dernières semaines, n’aura pas découragé les Portugais. Malgré le report du vote dans une vingtaine de circonscriptions sinistrées, la participation est restée dans des proportions comparables au premier tour. Ce scrutin sous intempéries symbolise-t-il la résilience des démocraties face aux chocs, qu’ils soient politiques ou naturels ? Le vote de dimanche semble en tout cas l’indiquer.
Les réactions internationales sont venues saluer ce résultat sans ambiguïté. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a vu dans ce vote une voix portugaise « forte » en soutien aux « valeurs européennes communes ». Le président français Emmanuel Macron a adressé ses félicitations à Antonio José Seguro, promettant de renforcer les liens bilatéraux. Ces messages traduisent un soulagement palpable dans les capitales européennes, où la perspective d’un chef d’État d’extrême droite dans un pays fondateur de l’UE était redoutée.
Mais quelle sera la marge de manœuvre du nouveau président ? Le rôle du chef de l’État au Portugal est en grande partie protocolaire, mais il gagne un poids considérable en période d’instabilité parlementaire. Or, le Premier ministre de droite, Luis Montenegro, dirige un gouvernement minoritaire qui navigue sans majorité fixe à l’Assemblée. Dans ce contexte, Antonio José Seguro se retrouvera « au centre du jeu politique », selon l’analyse du politologue Bruno Ferreira da Costa. Il pourra être amené à jouer les arbitres et dispose de la clé de la dissolution du Parlement, un pouvoir non négligeable.
La défaite d’André Ventura est-elle pour autant la fin de l’aventure pour l’extrême droite portugaise ? Le candidat battu a immédiatement minimisé l’échec, affirmant : « C’est juste le premier combat et nous allons continuer à nous battre ». Il a persisté en vantant les modèles de la Hongrie ou de l’Italie, gouvernés par la « soi-disant extrême droite ». Son objectif était moins la conquête du palais de Belém que la consolidation de sa base et l’affirmation comme leader incontesté de la droite dure, une ambition qu’il conforte malgré sa déroute.
Les résultats de cette élection présidentielle au Portugal offrent donc un paysage contrasté. D’un côté, une victoire nette du centre-gauche modéré et des valeurs démocratiques traditionnelles, célébrée dans toute l’Europe. De l’autre, la confirmation qu’une frange significative de l’électorat, près d’un tiers, adhère à un discours de rupture et de rejet du système. Le mandat d’Antonio José Seguro sera jugé à sa capacité à apaiser ces tensions tout en collaborant avec un exécutif de couleur politique différente. Les Portugais ont choisi la stabilité, mais les défis politiques, économiques et climatiques qui les attendent requièrent plus qu’un simple statu quo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
