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Projet Amani Kwetu à Beni : l’autonomisation des femmes, clé contre le chômage et pour la paix

Patience Sinamuli, jeune diplômée de Beni, garde précieusement son parchemin universitaire depuis trois ans. Comme des dizaines d’autres femmes dans la ville, ce diplôme, symbole de savoir, est aussi devenu celui d’une attente interminable face à un marché de l’emploi désertique. « Nous avions le sentiment que nos compétences se perdaient, que nos rêves s’étiolaient », confie-t-elle, la voix empreinte d’une lassitude que partagent de nombreuses jeunes femmes du Nord-Kivu. C’est pour briser ce cycle de désespoir que l’ONG APROFEC a lancé, ce vendredi 6 février, le projet Amani Kwetu, une lueur d’espoir concrète axée sur la réinsertion communautaire et l’autonomisation des femmes.

Conçu pour durer un an, ce projet ambitieux vise l’insertion socio-économique d’environ cinquante jeunes femmes diplômées, cruellement confrontées au chômage dans une région par ailleurs minée par l’insécurité. Le mécanisme est simple dans son principe mais puissant dans sa mise en œuvre : regrouper ces femmes désœuvrées en petites coopératives selon leurs domaines d’intérêt entrepreneurial. Autour de ce noyau, un dispositif complet se déploie : sessions de mentorat, coaching personnalisé et accompagnement vers des stages professionnels. L’objectif est clair : transformer des diplômes inertes en outils de production et d’indépendance.

« Ce projet offre une opportunité très attendue ici à Beni », s’enthousiasme Patience Sinamuli. Elle souligne l’approche communautaire du programme, centrée sur des piliers essentiels : la résilience, le mentorat, l’autonomisation et la formation. Une approche holistique qui dépasse la simple logique d’emploi pour toucher au cœur du développement personnel et collectif. Mais au-delà des mots, que signifie réellement l’autonomisation femmes Beni dans un contexte aussi fragile que celui du Nord-Kivu ?

Croyance Limusu, le chef du projet, apporte une réponse aux implications profondes. « Ce que ce projet vient résoudre, c’est d’abord l’autonomisation de la femme. Quand on autonomise la femme, on résout non seulement le problème du manque d’emploi, mais aussi celui du chômage et, surtout, les questions liées aux violences, qu’elles soient sexuelles ou conjugales », explique-t-il avec conviction. Son analyse est sans appel : une femme disposant de capacités socio-économiques et financières peut se prendre en charge elle-même. Cette indépendance contribue « énormément à la paix, non seulement au sein du ménage, mais aussi au niveau de toute la communauté ».

Ce lien entre réinsertion communautaire Nord-Kivu et paix sociale est au centre de la philosophie d’Amani Kwetu. Dans une région où les conflits ont durablement érodé le tissu social et économique, permettre à un noyau de femmes de devenir actrices de leur propre économie, c’est poser une pierre angulaire pour la stabilité. Le projet s’attaque ainsi de front au chômage femmes diplômées RDC, un fléau national qui frappe particulièrement les régions de l’Est, en leur offrant une alternative à la précarité et à la dépendance, souvent sources de tensions domestiques et communautaires.

Mais le chemin est-il si simple ? Regrouper des femmes en coopératives, les former et les accompagner suffit-il à garantir une autonomie durable ? Les défis sont multiples : accès au marché, concurrence, financement des micro-projets, et surtout, la persistance d’un environnement sécuritaire volatile. L’initiative d’APROFEC est un premier pas, salutaire, mais qui appelle nécessairement un engagement plus large des pouvoirs publics et du secteur privé pour créer un écosystème économique viable. Sans cela, ne risque-t-on pas de créer des espoirs vite déçus ?

L’enjeu, cependant, dépasse la seule dimension économique. Il est profondément sociétal. En visant l’autonomie financière des femmes de Beni, le projet Amani Kwetu touche à l’équilibre des pouvoirs au sein des foyers et, par extension, à la construction d’une société plus équitable et plus résiliente. Une femme qui gagne sa vie, qui contribue aux dépenses du ménage, gagne en estime de soi et en considération. Cela peut bousculer des traditions patriarcales ancrées, ouvrant la voie à une évolution lente mais réelle des mentalités.

Alors, ce projet est-il la solution miracle au chômage et aux violences dans le Nord-Kivu ? Probablement pas à lui seul. Mais il représente une pierre essentielle à l’édifice. Il démontre que la lutte pour la paix et la stabilité passe aussi, et peut-être surtout, par l’investissement dans le capital humain féminin. En donnant à Patience et à des dizaines d’autres femmes les moyens de construire leur « Amani Kwetu » – leur paix à la maison – l’ONG APROFEC pose les bases d’une résilience bien plus concrète que de nombreux discours. Le véritable succès se mesurera dans un an, à l’épanouissement de ces coopératives et à la trajectoire nouvelle empruntée par ces femmes, devenues, on l’espère, des piliers incontournables de la cohésion sociale à Beni.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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