Dans la province de Lomami, un chantier crucial vient de s’ouvrir pour redonner vie à une artère économique à l’agonie. L’Office des routes (OR) a officiellement lancé, ce jeudi 5 février, les travaux de réhabilitation de trois points chauds particulièrement dégradés sur le tronçon Ngandanjika-Tshikuyi. Cette voie, longue d’environ 25 kilomètres, constitue un maillon essentiel pour la desserte du territoire et son enclavement croissant menaçait de couper le cordon ombilical entre les zones de production agricole et les grands centres de consommation.
La situation était devenue intenable : bourbiers profonds, nids-de-poule géants et portions entières de route impraticables paralysaient la circulation depuis plusieurs mois. Cette dégradation infrastructurelle a des conséquences économiques directes et mesurables. Elle complique considérablement l’approvisionnement en marchandises de première nécessité et, surtout, l’évacuation des récoltes vers Mbuji-Mayi, le principal pôle de consommation de la région. Pour les opérateurs économiques et les agriculteurs de Ngandanjika, chaque jour de retard dans le transport se traduit par des pertes financières, une dépréciation des produits et une augmentation des coûts logistiques, grevant ainsi la compétitivité de toute une filière.
Face à cette urgence, la mobilisation des acteurs locaux a fini par porter ses fruits. L’appel à l’aide lancé par les opérateurs économiques a été entendu par le député national Bruno Miteo Nyenge, qui a décidé de financer les travaux à hauteur de 30 000 dollars américains. Ce financement, dont une première tranche a déjà été débloquée, illustre le rôle parfois déterminant des initiatives politiques locales dans le palliatif des carences infrastructurelles. Sans cet apport, la réhabilitation de ce tronçon critique aurait pu rester lettre morte, plongeant un peu plus la région dans l’isolement.
Sur le terrain, les équipes de l’Office des routes Lomami sont désormais à pied d’œuvre. Leur mission, selon le chef des brigades, se concentre dans un premier temps sur des interventions ciblées : le remblayage des bourbiers les plus dangereux et la réparation des trous les plus critiques. Cependant, un défi de taille se dresse devant les ingénieurs : la saison des pluies, qui bat son plein. Ce contexte climatique défavorable risque non seulement de prolonger la durée des travaux, mais aussi de compromettre la durabilité des réparations effectuées si elles ne sont pas suffisamment robustes. Ce calendrier contraint pose une question essentielle : les interventions ponctuelles sont-elles la solution, ou faut-il envisager, à terme, une refonte complète de l’infrastructure pour la rendre résiliente ?
L’urgence de cette opération de réhabilitation des routes à Ngandanjika n’est pourtant plus à démontrer. Elle intervient à un moment charnière du cycle agricole, alors que de nombreux producteurs viennent tout juste de terminer leurs récoltes. Sans voie praticable, ces tonnes de denrées alimentaires risquent de pourrir sur place ou d’être vendues à des prix dérisoires, anéantissant les efforts d’une saison et privant les familles de revenus vitaux. La remise en état du tronçon Ngandanjika-Tshikuyi représente donc bien plus qu’un simple chantier routier ; c’est une injection de liquidité potentielle dans l’économie locale, un moyen de sécuriser les revenus des agriculteurs et de stabiliser les prix sur les marchés de Mbuji-Mayi.
À plus long terme, la fluidité retrouvée de cette route devrait avoir un effet multiplicateur. Une mobilité des personnes et des biens restaurée permet non seulement de dynamiser les échanges commerciaux, mais aussi d’attirer d’autres investissements, d’améliorer l’accès aux services de santé et d’éducation, et de désenclaver des communautés entières. Le financement du député Bruno Miteo Nyenge pour les travaux routiers dans la Lomami ouvre une brèche, mais elle appelle une réflexion plus large sur la pérennisation du modèle. La maintenance régulière du réseau secondaire, souvent négligée au profit des grands axes, est pourtant la clé de voûte du développement économique intégré des provinces. L’épisode actuel de réhabilitation servira-t-il de catalyseur pour une politique routière plus ambitieuse et mieux planifiée dans la région ? L’avenir de la compétitivité agricole de la Lomami en dépend.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
