Kananga, le 6 février – Dans un contexte de tension budgétaire, la province du Kasaï-Central engage une bataille décisive pour ses finances publiques. Le gouverneur Moïse Kambulu a lancé ce vendredi une campagne de sensibilisation au paiement de l’impôt foncier RDC, un levier fiscal essentiel pour le développement local. Pilotée par la Direction générale des recettes du Kasaï-Central (DGRKAC), cette opération couplée au recouvrement s’étendra jusqu’à la fin du mois de mars, ciblant tous les contribuables de la province. Une initiative qui soulève une question cruciale : comment transformer la contrainte fiscale en moteur de prospérité ?
L’impôt foncier, souvent perçu comme une charge, constitue pourtant un pilier incontournable des recettes publiques Kananga et de la province. Selon Lucien Luishiye Kapinga, directeur général de la DGRKAC, cet impôt est un « levier essentiel » pour le développement. « Si nous voulons que la province puisse aller de l’avant sur le plan de l’éducation, des infrastructures et consorts, nous devons payer l’impôt foncier. C’est l’impôt foncier qui fait prospérer une province », a-t-il martelé. Une analyse qui met en lumière l’équation fondamentale des Kasaï-Central finances : sans ressources internes stables, aucun projet structurant ne peut voir le jour.
Pour garantir l’adhésion du plus grand nombre, les autorités fiscales ont adopté une mesure pragmatique : la révision à la baisse du montant exigé. Cette décision, sociale dans son essence, vise à élargir l’assiette fiscale en permettant à toutes les couches sociales de s’acquitter de leur devoir. Une stratégie qui reconnaît la fragilité économique de nombreux ménages tout en affirmant le principe de contribution universelle au bien commun. La campagne sensibilisation impôt devient ainsi un exercice de pédagogie et d’accessibilité.
Du côté de la société civile, l’initiative est accueillie avec un soutien conditionnel. Daniel Ntumba Tshimanga, coordonnateur provincial de Debout Congolais pour le Développement Durable, encourage la population à payer mais lance un appel clair aux autorités : « canaliser ces fonds, même s’il s’agit d’un dollar, vers des actions palpables ». Cette demande de redevabilité pointe un défi majeur de la gouvernance fiscale en RDC : la défiance des contribuables, nourrie par une opacité historique dans l’utilisation des fonds publics. La réussite de cette campagne dépendra donc de la capacité à restaurer la confiance par des réalisations visibles.
Au-delà de l’aspect local, cette dynamique s’inscrit dans une nécessité nationale : diversifier les sources de revenus des provinces pour réduire leur dépendance aux secteurs volatils, comme le minier. Pour le Kasaï-Central, dont l’économie a été éprouvée par des crises successives, consolider les recettes publiques via l’impôt foncier est une stratégie de résilience. Chaque franc collecté représente une pierre ajoutée à l’édifice du développement provincial, financant potentiellement des écoles, des routes ou des centres de santé. Mais comment s’assurer que cette manne ne soit pas dilapidée ?
La réponse réside dans une transparence accrue et une planification rigoureuse. Les opérateurs économiques, partenaires de cette campagne, attendent des signaux forts sur l’utilisation des fonds. Une gestion vertueuse pourrait enclencher un cercle vertueux : des projets concrets légitiment l’impôt, qui à son tour finance de nouveaux projets. À l’inverse, un écart entre les promesses et les réalisations pourrait anéantir les efforts de sensibilisation et tarir à long terme cette source de financement.
Prospectivement, l’impact économique de cette campagne pourrait être significatif. Si elle atteint son objectif de mobilisation massive, elle injecterait des millions de dollars dans les caisses provinciales, offrant une marge de manœuvre inédite pour les investissements publics. Le défi, maintenant, est de transformer l’essai. Les mois à venir seront scrutés à la loupe par les contribuables et les observateurs : les premières réalisations tangibles serviront de test décisif pour la crédibilité de l’ensemble du dispositif. Dans un pays où la culture fiscale peine à s’enraciner, le Kasaï-Central tente une expérience dont les leçons pourraient inspirer bien au-delà de ses frontières.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
