Sous un soleil de plomb, la place du marché de Walendu Djatsi, dans le territoire de Djugu, grouille d’une foule inhabituelle. Ce ne sont pas des échanges commerciaux qui rassemblent ces centaines de personnes, mais une quête commune : celle de la paix. « Nous sommes fatigués de vivre dans la peur. Ici, à Walendu Djatsi, nous partageons le même sol, le même marché. Pourquoi ne pourrions-nous pas partager le même avenir ? », interroge, la voix chargée d’émotion, un cultivateur rencontré sur place. Cette scène est devenue récurrente, symbole d’un mouvement populaire qui tente de panser les blessures d’une région meurtrie.
À l’initiative des autorités coutumières et des acteurs sécuritaires, des campagnes de sensibilisation battent leur plein dans ce secteur de l’Ituri. Leur objectif ? Favoriser une cohésion sociale Djugu durable et désamorcer les tensions latentes. Ces rassemblements, salués par la société civile locale, visent à restaurer le dialogue entre les communautés et à promouvoir une coexistence pacifique. Mais comment construire une paix Ituri solide sur des fondations encore fragiles ?
« Les marchés et les lieux de culte sont fréquentés par toutes les communautés. La circulation se déroule sans incident. Il faut que les gens se fréquentent, parlent le même langage et se considèrent tous comme des frères », insiste Justin Gudza, chef du secteur de Walendu Djatsi. Son message, simple et direct, circule lors de chaque rencontre. Il implique toutes les couches sociales : jeunes, responsables religieux, enseignants, militaires et policiers. Cette approche inclusive est perçue comme un premier pas essentiel pour recoudre le tissu social déchiré par des années de violences.
Pourtant, un acteur crucial semble encore en retrait : la jeunesse. Germain Mapasa, coordonnateur local de la société civile, tire la sonnette d’alarme. « Sans l’implication active des jeunes, il sera difficile d’envisager un retour durable de la paix dans ce coin du pays », affirme-t-il avec conviction. Son plaidoyer est clair : il appelle les communautés de Djugu à s’accepter mutuellement et à tourner la page du passé. « Avant, on ne se demandait pas qui était Mulendu ou Muhema. Il ne faut pas laisser les manipulateurs nous diviser », souligne-t-il, pointant du doigt les racines des conflits territoriaux RDC souvent attisées par des intérêts externes.
Ces sensibilisation communautés mettent également l’accent sur un autre point névralgique : la relation entre la population et les forces de l’ordre. Les autorités locales insistent sur l’importance d’une collaboration étroite et de confiance entre civils et militaires. Une protection efficace des populations, argumentent-elles, ne peut exister sans ce lien de proximité. Mais cette confiance, perdue dans les soubresauts des crises, se reconstruit lentement, meeting après meeting.
La route vers une paix définitive dans l’Ituri reste semée d’embûches. Les rassemblements de Walendu Djatsi sont des lueurs d’espoir, mais ils suffiront-ils à effacer des décennies de méfiance ? La question hante les esprits. L’enjeu dépasse la simple sécurité immédiate ; il s’agit de redéfinir les bases du vivre-ensemble dans une région riche de sa diversité, mais fragile face aux divisions. L’implication des jeunes, principaux acteurs de l’avenir et souvent premières victimes des conflits, apparaît comme la clé de voûte de cet édifice à construire.
Alors que le soleil se couche sur Walendu Djatsi, la foule se disperse, emportant avec elle des messages d’unité. Le travail de fourmi des autorités coutumières et des organisations locales est palpable. Mais le véritable test résidera dans la capacité à transformer ces moments d’émotion collective en actions concrètes et durables. La paix Ituri n’est pas un slogan, mais un projet de société qui nécessite l’engagement de tous, chaque jour. La mobilisation actuelle est un signal fort, un refus de la fatalité. Le reste de la province, et pourquoi pas le pays, pourrait-il s’en inspirer pour apaiser d’autres foyers de tension ? L’histoire le dira.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
