L’air était chargé d’une solennité palpable ce vendredi 6 février 2026 dans l’espace d’exposition. Sous les yeux attentifs de vétérans de la presse, de diplomates et de jeunes étudiants, une série de dessins de presse racontait une autre histoire de la RDC : celle d’une bataille silencieuse pour la vérité. Cette exposition, intitulée « Dessin pour la paix : journalistes armés, public résilient », n’était pas qu’un simple événement culturel. Elle marquait le point d’orgue d’un projet ambitieux mené par le média Balobaki Check RDC avec le soutien indéfectible de l’Ambassade du Canada. Ensemble, ils ont choisi de combattre le fléau de notre époque non pas avec des armes, mais avec des crayons et une éthique renouvelée.
Pendant cinq mois, ce projet a sillonné le Congo profond, de Kolwezi à Kindu, avec une mission claire : outiller les hommes et les femmes qui font l’information. Comment rendre compte des conflits sans attiser les haines ? Comment enquêter en garantissant sa propre sécurité ? Ces questions étaient au cœur des nombreuses sessions de formation des journalistes congolais. Ange Kasongo, la directrice exécutive du projet, le résume d’une voix déterminée : « Nous avons pensé qu’il était essentiel de sensibiliser en amont. C’est vraiment une initiative pour contrer la désinformation. » Dans un pays où les rumeurs peuvent enflammer des régions entières, cette démarche proactive est une bouffée d’oxygène. Elle vise à construire une digue professionnelle contre le torrent de fausses nouvelles.
Le choix du dessin de presse pour la paix comme finalité n’est pas anodin. Dans une société où l’accès à l’écrit peut être limité, l’image parle un langage universel. « Nous avons opté pour un format différent, capable d’atteindre un public moins habitué à la lecture des articles de presse », explique Ange Kasongo. Sur les murs, les caricatures faisaient réfléchir, sourire, parfois grincer des dents. Elles démontraient la puissance d’un trait pour déconstruire les préjugés et interpeller les consciences. Simon Seyoum, représentant de l’ambassade du Canada présent ce jour-là, a souligné avec force le rôle de cet art : « Le dessin de presse est un miroir qui révèle nos injustices et nos fragilités. Il défend des valeurs démocratiques essentielles : la liberté d’expression et le droit du public à une information juste. »
L’engagement de l’Ambassade du Canada en matière de journalisme trouve ici toute sa pertinence. Dans un discours percutant, Simon Seyoum a rappelé les fondements de ce partenariat : « La désinformation est devenue l’une des principales menaces modernes pour la stabilité de notre société et la santé de notre démocratie. L’ambassade du Canada accorde une importance capitale à la lutte contre la désinformation. » Cet appui international n’est pas un simple financement ; c’est un alignement stratégique pour consolider les piliers d’une démocratie fragile. En professionnalisant les reporters sur le terrain, c’est tout l’écosystème de l’information qui se renforce, depuis la source jusqu’au citoyen.
La cérémonie s’est poursuivie par un panel riche en enseignements, réunissant des figures marquantes comme la journaliste Chantal Kanyimbo, l’universitaire Oboul Okwess et l’analyste politique Trésor Kibangula. Leur débat a mis en lumière le rôle crucial, et parfois périlleux, du journaliste congolais aujourd’hui. Dans un contexte où la désinformation est utilisée comme une arme de déstabilisation massive, comment rester un rempart crédible ? Les échanges ont pointé la nécessité d’une alliance entre médias, universités et société civile pour inoculer l’esprit critique au plus grand nombre. Cette lutte contre la désinformation en RDC est un combat collectif qui dépasse largement la simple production d’articles.
Au final, cette exposition de dessins est bien plus qu’une galerie d’images. C’est le manifeste d’une nouvelle approche. Elle symbolise la volonté d’« armer » les journalistes non pas de cynisme, mais de compétences, d’éthique et de méthodes de vérification. Et surtout, elle place le public au centre du dispositif : un public qu’il s’agit de rendre « résilient », capable de trier le vrai du faux, de résister aux manipulations. Alors que les réseaux sociaux bruissent de récits alternatifs souvent toxiques, les initiatives comme celle de Balobaki Check et de l’Ambassade du Canada tracent une voie exigeante mais essentielle. La paix et la cohésion sociale en République Démocratique du Congo passent aussi par cette bataille pour l’intégrité de l’information. Le dessin, par son pouvoir de synthèse et d’émotion, devient alors une arme de construction massive.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc
