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Ituri : l’enfer des déplacés de Bogoro 2 face à une crise humanitaire oubliée

La vie s’est arrêtée. Elle s’est réfugiée dans la concession poussiéreuse d’un chef de groupement, quelque part dans le territoire de Watsa, en République démocratique du Congo. Ici, à Bogoro 2, dans le groupement Maba, plus de soixante-dix âmes tentent d’échapper au souvenir des violences. Venus de Bahema Nord, en Ituri, ces femmes, ces enfants et ces hommes ont fui la terreur des miliciens du territoire de Djugu. Leur fuite les a menés ici, dans un semblant d’abri, où la précarité est devenue leur quotidien. L’inspecteur des Affaires sociales de Watsa, Moïse Bisimwa, est revenu d’une mission d’évaluation le visage grave. Son constat est sans appel : « La situation est catastrophique. »

Comment décrire l’indescriptible ? Des familles entières, des déplacés internes de l’Ituri, survivent avec pour seul toit le ciel ou les bâtiments précaires d’une concession. Les mamans, cœur de ces communautés brisées, n’ont pas de sécurité. Leur dignité se heurte à la réalité la plus crue : elles boivent de l’eau sale, source potentielle de maladies. Les enfants, dont l’innocence devrait être protégée par l’école, errent. Leur salle de classe, c’est cette cour, cette terre rouge, ce présent incertain. Le chef de groupement, avec les moyens dérisoires dont il dispose, a tenté de répondre à l’urgence. Il a ouvert sa concession et a même entamé la construction d’une école. Mais aujourd’hui, seulement quatre salles de classe se dressent, symboles à la fois d’un espoir et d’une réponse dramatiquement insuffisante face à l’afflux des victimes de cette crise humanitaire à Bogoro.

Les témoignages recueillis sur place dessinent une carte de la survie. Certains, un peu plus débrouillards, « commencent à cuire des braises pour survivre et continuent à ramasser des patates douces dans la forêt », rapporte l’inspecteur Bisimwa. Cette image est celle d’un retour à un état primitif, où la recherche de nourriture et de chaleur consume l’énergie des journées. Ces patates douces glanées dans la forêt sont-elles le dernier rempart contre la famine ? Cette question, rhétorique et terrible, hante les observateurs. La forêt, qui aurait pu être un refuge, devient une source de subsistance précaire, tandis que la menace des miliciens de Djugu, bien que géographiquement distante, plane toujours dans les mémoires et les récits.

La situation à Bogoro 2 est un microcosme des conditions de vie précaires qui frappent des milliers de Congolais dans l’Est du pays. Elle révèle la double peine infligée aux populations civiles : fuir l’horreur des conflits pour se retrouver dans l’horreur de l’abandon. L’élan de solidarité local, incarné par le chef de groupement, est louable mais structurellement incapable de faire face à l’ampleur des besoins. Où sont les latrines ? Où sont les kits d’hygiène ? Où sont les médicaments pour soigner les enfants qui tombent malades à force de boire une eau non potable ? Le tableau dressé par les autorités locales est un cri silencieux qui mérite d’être entendu au-delà des frontières du territoire de Watsa.

Face à ce désastre humanitaire qui se joue dans l’ombre des grands titres, l’inspecteur Moïse Bisimwa lance un appel. Un appel urgent, non pas à la pitié, mais à la responsabilité. Il en appelle aux organisations humanitaires et aux personnes de bonne volonté pour une aide d’urgence en RDC. Une assistance en vivres et en biens de première nécessité est indispensable, vitale. Sans une intervention rapide, la situation déjà critique de ces familles pourrait basculer dans l’irréparable. La malnutrition guette, les épidémies menacent, et le traumatisme de l’exil est amplifié par l’extrême dénuement.

L’histoire de Bogoro 2 n’est pas une exception. Elle est le reflet d’une crise protéiforme qui mine l’Est de la RDC. Elle interroge la capacité collective à protéger les plus vulnérables. Elle questionne les mécanismes de réponse aux déplacements forcés de populations. En attendant, dans la concession du chef de groupement, la vie tente de reprendre ses droits, fragilement, autour d’un feu de braise, dans l’attente d’un avenir moins sombre. La prise en charge de ces déplacés internes n’est pas seulement un impératif humanitaire ; c’est un test pour notre humanité commune et pour la stabilité de régions entières. Combien de Bogoro 2 faudra-t-il encore découvrir avant que l’alerte ne soit pleinement entendue ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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