Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, le bruit des bombes a remplacé le son des cloches d’école. Alors que la guerre d’agression perpétrée via le tandem AFC-M23 continue de ravager la région, l’éducation paie un lourd tribut. Des milliers d’enfants, de retour forcé dans leurs villages après des mois de déplacement, retrouvent des écoles en ruine. Comment construire un avenir lorsque les salles de classe n’existent plus ? Cette question hante les communautés de Masisi, où l’urgence éducative est plus criante que jamais.
Les images sont glaçantes. À l’école primaire 2 Mutunza, à Kimoka-Sake, il ne reste que des murs calcinés. « Notre école a été victime des bombardements. Les enfants apprennent dans de mauvaises conditions, parce qu’il n’y a pas de bancs, pas de bâtiments. Quand il pleut, tous sont obligés de rentrer à la maison », témoigne, la voix nouée, Abraham Bandu, le directeur de l’établissement. Son récit n’est malheureusement pas un cas isolé. Dans tout le territoire, des élèves étudient à même le sol, sous des arbres, exposés aux intempéries et à l’insécurité. Le conflit armé a un impact direct et dévastateur sur l’éducation, anéantissant des années d’efforts et privant une génération entière de son droit fondamental à l’apprentissage.
Les chiffres, à l’échelle de la province du Nord-Kivu, donnent le vertige : plus de 431 000 enfants sont hors du système scolaire et 1 142 écoles ont dû fermer leurs portes. À Masisi, le tableau est encore plus sombre. 52% des filles âgées de 10 à 17 ans ne sont pas scolarisées, et une sur trois risque un mariage précoce ou une exploitation sexuelle. La destruction des infrastructures scolaires n’est que la face visible d’une crise plus profonde qui mine l’avenir de toute une région. Les enfants déplacés en RDC, déjà traumatisés par la violence, voient ainsi leur dernier rempart, l’école, s’effondrer.
C’est dans ce contexte d’extrême vulnérabilité qu’ActionAid RDC et son partenaire de mise en œuvre, l’Action des Volontaires pour la Solidarité et le Développement (AVSD), lancent un nouveau projet d’éducation en situation d’urgence et de protection. Concentré sur la zone de santé de Kirotshe, ce projet vise à créer des bulles de sécurité et de normalité pour les plus jeunes. « Les enfants et les femmes de Masisi ont besoin d’espaces sûrs pour apprendre, se reconstruire et espérer un avenir meilleur. Ce projet est une réponse concrète à leurs besoins », a souligné Yakubu Mohammed Saani, Chef de mission d’ActionAid RDC.
Financé par l’Agence italienne de Coopération au Développement (AICS) pour une durée de 18 mois, ce projet ActionAid RDC en faveur de l’éducation est ambitieux. Il prévoit d’assister 6 000 élèves et 150 enseignants. « Nous planifions la réhabilitation des salles de classe, la distribution de kits scolaires, la formation des enseignants et le renforcement des comités de parents », détaille Eustache Ndasima, coordonnateur humanitaire chez ActionAid en RDC. Mais l’initiative va au-delà des murs de l’école. Elle inclut un volet protection crucial : formation d’observateurs communautaires, soutien aux survivantes de violences sexuelles et transferts monétaires pour 450 ménages vulnérables.
Alors, ce projet peut-il inverser la tendance dans une région meurtrie par plus d’une décennie de conflits ? Les besoins sont immenses, comme le rappelle Faustin Kibanja, responsable éducatif à Bweremana : « Les écoles sont détruites, les enfants sans uniforme, les enseignants ne sont pas à niveau… Nous prions ActionAid de taper sur toutes les portes possibles pour que les autres écoles qui souffrent encore puissent aussi bénéficier. » Son plaidoyer met en lumière l’ampleur du défi. La réhabilitation des écoles détruites dans le Nord-Kivu n’est qu’une première étape. Reconstruire la confiance et garantir une éducation de qualité dans un environnement stable demandera des efforts soutenus et une coopération de tous les instants.
Le lancement de ce projet est une lueur d’espoir dans un paysage éducatif dévasté. Il montre que face à l’urgence, des réponses structurées sont possibles. Cependant, la pérennité de ces actions dépendra de la fin des hostilités et d’un engagement durable de tous les acteurs, nationaux et internationaux. L’éducation en situation d’urgence à Masisi n’est pas seulement une question de bancs et de toits ; c’est un investissement essentiel pour briser le cycle de la violence et offrir aux enfants de la RDC l’avenir paisible qu’ils méritent.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
