Dans les rues de Cantine-Aloya, un village à l’ouest de Beni au Nord-Kivu, la rumeur a souvent fait plus de dégâts que les armes. « J’ai vu un message sur WhatsApp disant que les militaires allaient quitter leur position, alors tout le monde a paniqué », témoigne un habitant, préférant garder l’anonymat. Cette fausse information, partagée des centaines de fois, a semé la confusion et failli compromettre une opération des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Comment en est-on arrivé là ? Comment une simple fake news peut-elle menacer la sécurité de toute une communauté ?
Face à ce phénomène grandissant, la société civile de Cantine-Aloya a décidé de prendre les choses en main. Mercredi 4 février, elle a lancé une vaste campagne de sensibilisation d’un mois contre la désinformation. L’objectif est clair : lutter contre la prolifération des fake news et promouvoir une collaboration accrue entre la population et les FARDC. Dans une région où la situation sécuritaire reste volatile, chaque rumeur peut attiser les tensions et aggraver la vulnérabilité des communautés.
La désinformation, particulièrement sur les réseaux sociaux comme WhatsApp, est devenue une arme redoutable. Tchetche Aliamini Musubao, président de la société civile de Cantine-Aloya, ne mâche pas ses mots : « La prolifération de rumeurs non vérifiées nuit directement aux opérations militaires et à la cohésion sociale. Nous devons impérativement collaborer avec notre armée, tout en veillant à maintenir une communication responsable. » Il insiste sur le risque de tomber dans les pièges de la loi numérique congolaise, qui punit la diffusion de fausses informations.
Les conséquences sont multiples. D’un côté, les fake news peuvent discréditer les forces de sécurité, sapant le moral des troupes engagées dans la protection des civils. De l’autre, elles alimentent les méfiances entre communautés, créant un terrain fertile pour les conflits. À Beni et ses environs, où les groupes armés sévissent encore, une information erronée peut coûter des vies.
La campagne mise en place par la société civile se veut pédagogique. Elle vise à responsabiliser l’usage des réseaux sociaux en inculquant des réflexes simples mais essentiels. Premièrement, vérifier les sources : ne pas partager une information avant d’en avoir confirmé la véracité. Deuxièmement, éviter la haine : combattre la désinformation qui attise les conflits communautaires. Troisièmement, informer de manière précise : garantir la bonne réputation de la communauté par un partage responsable.
« Nous appelons les habitants de Cantine et de ses environs à devenir des acteurs de la paix en ligne », explique Tchetche Aliamini Musubao. Cela passe par un usage approprié et responsable des outils numériques. La société civile organise des séances de sensibilisation, des débats publics et distribue des supports éducatifs pour toucher un maximum de personnes.
Au-delà de la lutte contre les fake news, cette initiative questionne notre rapport à l’information en temps de crise. Dans une région comme le Nord-Kivu, où la confiance entre l’armée et la population est cruciale, la désinformation peut briser des liens patiemment tissés. La campagne de Cantine-Aloya est donc un signal fort : la paix commence aussi par des clics responsables.
Mais est-ce suffisant ? Face à la rapidité de propagation des rumeurs, la sensibilisation doit s’accompagner d’actions concrètes des autorités et d’un engagement collectif. La société civile de Beni et de Cantine-Aloya montre la voie, mais c’est à chaque citoyen de jouer son rôle. En ces temps incertains, devenir un gardien de la vérité en ligne n’est pas qu’un choix, c’est une nécessité pour la survie de la communauté.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
