La Journée mondiale contre le cancer, célébrée chaque 4 février, est bien plus qu’une simple commémoration. Elle constitue un rappel puissant des défis médicaux et sociaux posés par cette maladie, particulièrement en République démocratique du Congo où l’accompagnement des personnes atteintes reste un enjeu majeur. Loin des seules avancées thérapeutiques, cette journée met en lumière un aspect trop souvent négligé : le rôle déterminant de l’environnement social et familial dans le parcours de guérison. Comment la société congolaise peut-elle mieux soutenir ses concitoyens confrontés au cancer ? La réponse à cette question pourrait bien être aussi importante que les traitements eux-mêmes.
Grace Mbiala, militante engagée pour les droits des femmes et la santé, insiste sur ce point avec force. Selon elle, la santé, et particulièrement la lutte contre le cancer, ne peut se concevoir sans une approche holistique qui place l’individu au cœur d’un réseau de solidarité. « La santé est une condition essentielle de l’autonomisation », affirme-t-elle, soulignant que les femmes, souvent pilier des familles, sont en première ligne pour la sensibilisation et l’accompagnement. Cette vision résonne profondément dans le contexte congolais, où les structures de santé, bien qu’en amélioration, font souvent face à des défis logistiques et financiers considérables. Dans ce cadre, le soutien sociétal n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue.
Pourtant, un obstacle de taille persiste : la stigmatisation. Mme Mbiala le déplore, « il existe encore beaucoup de stigmatisation et de tabous ». Les malades peuvent se sentir isolés, voire jugés, une situation qui alourdit considérablement le fardeau de la maladie. Ce constat soulève une question fondamentale : comment transformer la peur et l’ignorance en une culture de prévention et de solidarité active ? La sensibilisation apparaît comme le premier rempart. En informant le grand public sur les facteurs de risque, les signes précurseurs et l’importance d’un dépistage précoce, on brise les idées reçues. La prévention du cancer en Congo passe par cette éducation populaire, qui permet aux individus de devenir acteurs de leur santé et de celle de leur communauté.
L’impact de l’entourage sur le rétablissement est, quant à lui, scientifiquement reconnu. Un environnement familial stable et soutenant peut améliorer la qualité de vie des patients, renforcer leur résilience et même influencer positivement l’efficacité des traitements. « Les proches ne doivent jamais sous-estimer leur influence positive », rappelle Grace Mbiala. Concrètement, cet accompagnement des malades du cancer en RDC peut prendre diverses formes : une écoute active sans jugement, une aide pratique pour les tâches quotidiennes, un soutien moral constant ou un accompagnement aux consultations médicales. Ces gestes, parfois simples, construisent un filet de sécurité émotionnelle indispensable.
Mais le rôle de la société ne s’arrête pas à la sphère privée. Les institutions et les médias ont une responsabilité immense. Les premières doivent prioriser le financement de programmes d’accompagnement psychologique, faciliter l’accès géographique et financier aux soins, et soutenir des campagnes de dépistage du cancer pour les femmes et les hommes à l’échelle nationale. Le dépistage du cancer chez les femmes, par exemple pour le cancer du sein ou du col de l’utérus, reste une priorité de santé publique qui nécessite un engagement soutenu. Les médias, de leur côté, ont le pouvoir de façonner les perceptions. En relayant des témoignages porteurs d’espoir, en vulgarisant les informations médicales et en luttant contre la désinformation, ils participent à créer un climat de compréhension et d’empathie.
Alors, que peut faire chacun d’entre nous ? Le message de Grace Mbiala est clair : l’action commence à l’échelle individuelle. S’informer correctement pour informer son entourage, tendre la main à un voisin, un collègue ou un membre de la famille touché par la maladie, ou simplement cultiver une attitude bienveillante et non stigmatisante. La lutte contre le cancer est un parcours collectif où chaque geste compte. En cette Journée mondiale contre le cancer, il est temps de réaliser que la guérison ne se joue pas seulement dans les hôpitaux, mais aussi dans le cœur de nos communautés. La responsabilité de créer une société plus solidaire et mieux informée incombe à tous, pour que personne ne doive affronter cette épreuve seul.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
