Au cœur des villages reculés du Bandundu, un souffle d’espoir et de spiritualité vient de s’installer. Des familles entières, aux pieds nus couverts de poussière rouge, se pressaient avec une ferveur palpable. Pour la communauté de Bunzili, dans le Kwango, ce 1er février marquait bien plus qu’une simple cérémonie. « Enfin, nous avons un lieu digne pour prier en paix, pour nous rassembler. C’est un don du ciel », confie Mamadou, un ancien du village, les yeux brillants d’émotion. Cette scène de joie humble se répétait presque à l’identique à Mbali, dans le Mai-Ndombe. Deux nouveaux sanctuaires venaient d’éclore, offerts par la communauté musulmane Ahmadiyya, tissant un lien de plus dans le paysage religieux souvent fragmenté de la RDC.
Cette inauguration, menée par le représentant légal Khalid Mahmood Ahmed, ne fut pas qu’un acte architectural. Elle a été placée sous le signe du sens et du sacré. Devant des assemblées attentives, M. Ahmed a rappelé avec force la vocation première de la mosquée : « un lieu uniquement destiné à la prosternation devant le Dieu unique ». Ses paroles, simples et directes, ont résonné bien au-delà du ciment frais. Il a insisté sur un devoir souvent négligé : la propreté. Pour lui, prendre soin de cet espace n’est pas une corvée, mais un acte de respect envers le Créateur, une manière de préserver la dignité du culte. Comment, en effet, prétendre à l’élévation spirituelle dans un cadre négligé ? Cette injonction trouve un écho particulier dans des régions où l’accès à l’eau courante reste un défi quotidien.
Cette tournée apostolique et humanitaire ne s’est pas limitée aux villages. Elle s’est prolongée jusqu’au bureau du gouverneur de la province du Kwilu, scellant ainsi un dialogue entre foi et autorité publique. Le geste est symbolique et fort : la remise d’un exemplaire du Saint Coran. Plus qu’un livre, c’est un message de fraternité et de respect mutuel, une invitation à construire la cohésion sociale sur des valeurs partagées. La communauté musulmane Ahmadiyya en RDC, par cette démarche, affirme sa volonté de s’inscrire pleinement dans le tissu national, non pas en marge, mais en partenariat avec les institutions.
Mais qui sont ces hommes et ces femmes qui bâtissent des mosquées et tendent la main ? L’action de la communauté Ahmadiyya ne date pas d’hier. En juin dernier, son engagement a pris une forme concrète et matérielle, touchant des milliers de vies. À l’occasion de la fête de Tabaski, aussi appelée fête du mouton, près de 6 000 sinistrés de l’espace Bandundu ont reçu une assistance vitale. Dans un pays où les catastrophes naturelles et les déplacements de population sont monnaie courante, cette action humanitaire au Mai-Ndombe a été une bouée de sauvetage. « C’est dans notre ADN, explique un cadre de la communauté. L’enseignement coranique nous enjoint d’être aux côtés des plus vulnérables, sans distinction. » Cet élan de solidarité, qui passe de la construction d’édifices religieux à la distribution de nourriture, dessine les contours d’un islam pragmatique, ancré dans les réalités sociales les plus criantes.
Présente dans plus de 91 pays, la communauté musulmane Ahmadiyya semble ainsi avoir fait le choix d’une présence discrète mais persistante en RDC. Son action dépasse le cadre strict du prosélytisme. En renforçant le tissu religieux par l’offre de lieux de culte comme la mosquée Ahmadiyya de Bandundu, et en répondant aux urgences sociales, elle répond à une double faim : celle de l’âme et celle du corps. Dans un contexte national où les besoins sont immenses et les acteurs parfois dépassés, cette approche intégrée interroge. Quelle est la place des organisations religieuses dans le développement local ? Jusqu’où peuvent-elles pallier les carences de l’État ?
Le départ de Khalid Mahmood Ahmed pour Kinshasa, le 3 février, a laissé derrière lui bien plus que deux bâtiments. Il a semé des graines de dignité et de communauté. L’inauguration de ces mosquées au Kwango et au Mai-Ndombe n’est pas une fin en soi, mais un nouveau chapitre. Elle pose les bases d’une présence durable, où la prière et l’entraide sont les deux piliers d’un même engagement. Alors que les fidèles de Bunzili et Mbali découvrent leur nouveau sanctuaire, une question demeure : ces initiatives, aussi louables soient-elles, suffiront-elles à endiguer la vague de précarité qui frappe ces régions ? La réponse se construira, jour après jour, dans la pierre des mosquées et dans le geste partagé du don.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
