La province de l’Équateur, et particulièrement sa capitale Mbandaka, traverse une crise politique d’une rare intensité. Un collectif de citoyens, se qualifiant de « révoltés », a déposé une pétition au début de cette semaine pour exiger la dissolution de l’Assemblée provinciale. Cette initiative, qui a déjà lancé une vaste campagne de collecte de signatures, accuse les députés de paralyser l’exécutif provincial par des interférences intempestives et des pratiques de clientélisme. Dans une région où les défis de développement sont immenses, cette fronde populaire soulève des questions fondamentales sur la gouvernance et la représentativité des élus. Jusqu’où peut aller l’impasse institutionnelle avant que le pouvoir central ne soit contraint d’intervenir ?
Le collectif des citoyens révoltés de Mbandaka vise à recueillir 25 000 signatures pour interpeller directement le Chef de l’État, Félix Tshisekedi. En effet, la Constitution accorde au président de la République le pouvoir de dissoudre une assemblée provinciale en cas de crise persistante. Les pétitionnaires estiment que l’Assemblée provinciale de l’Équateur a dévié de sa mission constitutionnelle de contrôle pour s’immiscer dans la gestion quotidienne du gouvernement provincial. Papy Ekate Ekofo, rapporteur du collectif, dénonce des dérapages documentés : « Les députés se comportent comme des gestionnaires. Ils bloquent des dossiers importants et s’immiscent dans les attributions de l’exécutif. Nous disons trop c’est trop, cette assemblée doit être dissoute pour laisser la province respirer. » Cette parole citoyenne, relayée dans les rues de Mbandaka, traduit une défiance grandissante envers une institution perçue comme un frein au développement.
Au-delà des interférences administratives, des rumeurs persistantes à Mbandaka font état de pratiques de « commissionnaires ». Certains élus provinciaux sont soupçonnés de faire pression sur les institutions publiques pour le recrutement exclusif de leurs proches, au détriment des compétences locales. Ces accusations, si elles sont avérées, dessinent un tableau peu reluisant d’une classe politique plus préoccupée par ses intérêts privés que par le bien public. Dans un contexte de pauvreté et de manque d’infrastructures, de tels agissements ne peuvent que nourrir le mécontentement populaire et alimenter la crise politique à Mbandaka. Le collectif citoyen révolté joue-t-il ici le rôle de lanceur d’alerte face à des dérives systémiques ?
Face à cette fronde citoyenne, l’Assemblée provinciale de l’Équateur a réagi vivement. Son rapporteur, Ézéchiel Ambokani, a balayé les accusations, qualifiant la pétition de dépourvue de tout fondement légal. « Cette pétition n’a aucune valeur juridique permettant de provoquer la dissolution de notre institution. Les mécanismes de dissolution sont strictement définis par la Constitution et ne dépendent pas d’une collecte de signatures dans la rue », a-t-il rétorqué. Cette réponse institutionnelle souligne le fossé qui se creuse entre les élus et une partie de la population. L’assemblée provinciale semble jouer la carte de la légalité contre la légitimité populaire, une stratégie risquée en période de tension. En refusant tout dialogue sur le fond, les députés provinciaux ne risquent-ils pas d’attiser davantage la colère et de donner raison aux pétitionnaires ?
Cette crise politique à Mbandaka intervient dans un contexte où la province de l’Équateur peine à décoller sur le plan des infrastructures et du développement social. Les observateurs notent que ce bras de fer entre citoyens et élus pourrait fragiliser davantage l’autorité de l’État dans cette partie du pays si un arbitrage politique national n’est pas rendu rapidement. Le président Tshisekedi se retrouve ainsi dans une position délicate : doit-il intervenir pour calmer le jeu, au risque de s’immiscer dans les affaires provinciales, ou laisser les acteurs locaux trouver une solution, avec le danger d’une escalade ? Son silence actuel pèse comme une épée de Damoclès sur une situation déjà volatile.
La pétition pour la dissolution de l’Assemblée provinciale de l’Équateur pose donc une question plus large : jusqu’où peut aller la tolérance face à des pratiques politiques jugées néfastes par la population ? Le collectif des citoyens révoltés de Mbandaka a réussi à mettre en lumière des dysfonctionnements qui, s’ils ne sont pas nouveaux, atteignent un seuil critique. La campagne de collecte de signatures, au-delà de son objectif quantitatif, est un baromètre du mécontentement populaire. Si elle atteint son but, elle contraindra le pouvoir central à se prononcer sur une crise qui dépasse le simple cadre provincial. Dans l’immédiat, cette initiative citoyenne aura au moins le mérite d’avoir secoué le microcosme politique local et placé la gouvernance de l’Équateur sous les projecteurs nationaux.
En attendant, la balle est dans le camp du président Tshisekedi. Sa décision, quelle qu’elle soit, aura des répercussions sur la stabilité politique de l’Équateur et sur sa propre image en tant que garant de l’équilibre des institutions. Les députés provinciaux jouent-ils leur va-tout en défiant ouvertement la colère citoyenne, ou bien cette crise n’est-elle que la pointe émergée d’un iceberg de mal gouvernance ? L’avenir proche nous le dira, mais une chose est sûre : à Mbandaka, la politique ne se fait plus seulement dans les hémicycles, mais aussi dans la rue. Et cette rue, à travers la voix de Papy Ekate Ekofo et du collectif des révoltés, exige désormais des comptes et une refonte du paysage politique local. La dissolution de l’Assemblée provinciale de l’Équateur n’est peut-être qu’un épisode, mais elle symbolise une exigence croissante de redevabilité et de transparence dans la gestion de la chose publique en République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
