« Les cris ont réveillé tout le quartier, mais les flammes étaient déjà trop hautes. On a appelé, supplié, mais personne n’est venu à temps. » La voix brisée de Jean, un voisin du quartier Kasika à Goma, résume l’horreur qui a frappé sa communauté dans la nuit du mardi au mercredi. Alors que la ville dormait, un violent incendie s’est déclaré dans une habitation modeste, transformant un foyer en brasier mortel. Le bilan est lourd et insupportable : quatre jeunes vies fauchées, laissant une communauté entière sous le choc et posant de graves questions sur la sécurité des habitants.
Les victimes de cette tragédie sont trois sœurs, Délice (4 ans), Narcisse (8 ans) et Viviane (16 ans), ainsi qu’un jeune garçon dont le nom n’a pas encore été officiellement révélé. Leur mère, absente pour une séance de prière, a échappé au drame mais se retrouve aujourd’hui confrontée à une douleur inimaginable. Comment une famille peut-elle se reconstruire après une telle perte ? Les causes exactes de l’incendie dans le quartier Kasika, relevant de la commune de Karisimbi, restent encore à déterminer par les enquêteurs. Mais au-delà de l’origine des flammes, c’est le déroulement des événements qui soulève une vague d’indignation.
Selon de multiples témoignages recueillis sur place, l’intervention des services de secours a été désespérément lente. Les habitants, impuissants devant la progression du feu, ont multiplié les appels à la protection civile de Goma. En vain. Les précieuses minutes qui auraient pu sauver des vies se sont écoulées, une à une, dans l’attente d’une aide qui n’arrivait pas. Cette défaillance des secours n’est malheureusement pas un cas isolé et interpelle directement sur les moyens alloués à la sécurité des populations dans la capitale du Nord-Kivu.
Ce drame résonne douloureusement avec un autre sinistre survenu à peine quelques jours plus tôt. Fin janvier, un incendie au quartier Kyeshero, toujours à Goma, avait déjà causé d’importants dégâts matériels, détruisant quatre maisons et en endommageant trois autres. Là aussi, le camion anti-incendie de la mairie n’était arrivé sur place qu’après minuit, bien que l’alerte ait été donnée plus tôt. Deux incendies majeurs en l’espace de quelques semaines, deux interventions tardives : s’agit-il d’une simple coïncidence ou le révélateur d’un problème structurel profond ?
La récurrence de ces drames met en lumière la vulnérabilité des quartiers populaires de Goma, souvent construits de manière informelle et densément peuplés. L’accès difficile pour les véhicules de pompiers, le manque de points d’eau, et l’absence de campagnes de sensibilisation aux risques d’incendie créent un terrain propice aux catastrophes. Quand la protection civile de Goma, déjà sous-équipée, met un temps considérable à intervenir, les conséquences sont trop souvent humaines. Jusqu’à quand les familles devront-elles vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête ?
La colère et la tristesse qui submergent le quartier Kasika ce matin sont teintées d’un sentiment d’abandon. Les habitants se demandent à qui faire confiance lorsque l’État, par le biais de ses services de secours, semble défaillant au moment le plus critique. L’incendie de Karisimbi n’est pas seulement une tragédie familiale ; c’est un symptôme des carences en matière de protection civile et de planification urbaine. Derrière les statistiques froides du nombre de morts, ce sont des rêves d’enfants réduits en cendres et un avenir qui part en fumée.
Alors que Goma continue de grandir et de se densifier, la question de la sécurité incendie ne peut plus être reléguée au second plan. Il est urgent que les autorités municipales et provinciales tirent les leçons de ces drames successifs. Investir dans des équipements modernes pour la protection civile, former et déployer des équipes réactives, et mener des audits de sécurité dans les quartiers à risque sont des impératifs non négociables. La vie des enfants de Goma, comme ceux du quartier Kasika, ne doit plus dépendre de la chance ou de la rapidité d’un camion qui n’arrive jamais à l’heure. Le deuil d’aujourd’hui doit servir de cri d’alarme pour prévenir les tragédies de demain.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
