La visite officielle du président Félix Tshisekedi aux États-Unis, accompagné de membres de son gouvernement, domine l’actualité politique et économique congolaise. Ce déplacement, qui intervient dans un contexte de compétition géostratégique pour les ressources critiques, marque un tournant dans la diplomatie économique de la République démocratique du Congo. Kinshasa ne se contente plus d’être perçue comme une simple réserve de matières premières ; elle aspire désormais au statut de partenaire stratégique incontournable pour les grandes puissances, notamment les États-Unis. Mais cette ambition se heurtera-t-elle aux réalités des intérêts économiques et politiques ?
Lors de la réunion ministérielle inaugurale sur les minéraux critiques, présidée par le secrétaire d’État américain Marco Rubio à Washington, le ministre des Mines Louis Watum a défendu avec fermeté le rôle stratégique de la RDC dans la production mondiale de cobalt, de cuivre et d’autres ressources essentielles. Évoquant des réserves inexploitées estimées à 25 000 milliards de dollars, Watum a appelé à des partenariats internationaux responsables pour soutenir un développement industriel et durable. Cette prise de parole illustre la nouvelle posture congolaise : une volonté affichée de négocier sur un pied d’égalité.
Parallèlement, la diplomatie minière a franchi un cap stratégique à la Maison-Blanche avec le lancement officiel du « Project Vault », un programme américain de 12 milliards de dollars destiné à constituer un stock stratégique national de minéraux critiques. Présent aux côtés du président Donald J. Trump, Robert Friedland, coprésident exécutif d’Ivanhoe Mines, a symbolisé l’implication des acteurs privés dans cette initiative. En marge de cet événement, Ivanhoe Mines, la Gécamines et le négociant Mercuria ont confirmé être engagés dans des discussions avancées pour l’approvisionnement du marché américain en minéraux critiques issus de la mine de Kipushi, en RDC. Cette convergence d’intérêts privés et publics souligne l’importance croissante de la RDC dans la sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines.
Le message porté par le président Tshisekedi lors de ses rencontres avec les décideurs économiques américains, notamment de l’Exim Bank et du Département d’État, est sans équivoque : la RDC ne veut plus d’une exploitation de prédation. Selon l’agence de presse congolaise (ACP), le chef de l’État est déterminé à convertir le potentiel minier du pays en une « puissance de développement » grâce à la transformation locale. Cette ambition se traduit par la volonté de créer des emplois et des chaînes de valeur industrielles pour les Congolais, avec l’appui des investissements américains. Tshisekedi joue gros avec cette stratégie, dont le succès dépendra de la capacité de Kinshasa à imposer ses conditions face aux géants miniers et aux impératifs de Washington.
Pendant ce temps, une autre pièce majeure du puzzle stratégique se met en place en Angola. Luanda accueille, du 4 au 6 février 2026, la première réunion de coordination du corridor de Lobito, réunissant les ministres des Finances, des Transports, et du Commerce de l’Angola, de la RDC et de la Zambie. Soutenu par la Banque Mondiale, ce projet ferroviaire transcontinental vise à relier la ceinture de cuivre congolaise à l’océan Atlantique. Washington, qui voit dans ce corridor un moyen de contrer l’influence d’autres puissances sur les chaînes de valeur des minerais critiques, apporte son soutien. Le corridor de Lobito pourrait ainsi devenir l’épine dorsale d’une nouvelle architecture régionale de transport, essentielle pour l’exportation des minerais transformés.
Cette visite de Tshisekedi aux États-Unis s’inscrit donc dans une logique de diversification et de sécurisation des partenariats. La coopération minière Congo-USA, articulée autour des minéraux critiques, du corridor Lobito et de la transformation locale, représente une opportunité historique pour la RDC. Cependant, les défis restent immenses : la corruption, la gouvernance faible, et la concurrence internationale pourraient freiner cette dynamique. La diplomatie économique congolaise, si elle est habilement menée, pourrait permettre au pays de tirer enfin profit de ses richesses. Mais dans le grand jeu géopolitique des ressources, la RDC parviendra-t-elle à éviter les pièges du passé et à véritablement devenir un partenaire stratégique, et non plus une simple réserve ? L’avenir le dira, mais une chose est sûre : Tshisekedi a misé gros sur cette visite, et les prochains mois seront décisifs pour évaluer la réalité des retombées pour le peuple congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
