La République démocratique du Congo a-t-elle enfin enclenché de manière irréversible la modernisation de sa gestion financière ? La scène, solennelle et chargée de symboles, qui s’est déroulée ce jeudi 29 janvier à Kinshasa pourrait le laisser croire. Devant le ministre des Finances, Doudou Fwamba, et le directeur général du Trésor, Serge Maabe Muanyimi, une cohorte de comptables publics principaux et secondaires a prêté serment. Cet acte, présenté comme une simple formalité par le profane, est en réalité l’aboutissement palpable d’une réforme des finances publiques en RDC que ses promoteurs défendent comme une révolution de l’État comptable.
Dans son allocution, le ministre Doudou Fwamba a immédiatement levé toute équivoque sur la portée de l’événement. Il ne s’agirait pas d’une cérémonie protocolaire de plus, mais bien de « la consécration d’un combat de plusieurs années ». En félicitant les lauréats, le ministre a esquissé le récit épique d’une administration ayant « traversé des nuits entières » pour atteindre ce jour. Ce discours, teinté d’une fierté revendiquée, vise à ancrer l’idée d’une rupture avec les pratiques héritées du passé. Mais au-delà des mots, quelle est la substance réelle de cette prestation de serment des comptables publics ?
Le cœur de la manœuvre réside dans la refonte complète du système. Doudou Fwamba a rappelé les piliers de cette modernisation de la comptabilité publique fondée sur la tenue de la comptabilité en partie double et l’approche des droits constatés. Cette technicité apparente cache un enjeu politique de taille : reprendre le contrôle financier sur l’ensemble du territoire. La mise en place d’un réseau comptable chapeauté par l’Agence Comptable Centrale du Trésor (ACCT) et la Direction générale du Trésor et Comptabilité publique (DGTCP) n’a d’autre objectif que de centraliser l’information et d’assécher les circuits parallèles de dépenses. Le gouvernement joue ici un pari risqué, celui de bousculer des habitudes administratives ancrées et des intérêts bien établis, au nom d’une transparence encore théorique.
Pour Serge Maabe Muanyimi, directeur général de la DGTCP, cet acte « encadré par les textes » est une « étape majeure vers une gestion plus transparente et plus rigoureuse ». La référence à la loi de 2011 relative aux finances publiques est un aveu implicite : quinze ans ont été nécessaires pour donner une première traduction concrète à un cadre juridique ambitieux. Cet écart entre la promulgation des textes et leur application pose inévitablement la question de l’efficacité réelle de l’appareil d’État et de la constance politique derrière les réformes. La réforme des finances publiques en RDC est-elle un véritable projet d’État ou une succession d’annonces au gré des changements ministériels ?
Le ministre des Finances a tenté de rassurer en réaffirmant la détermination du gouvernement Suminwa. Le programme annoncé est chargé : opérationnalisation du Compte unique du Trésor, poursuite de la déconcentration de l’ordonnancement, mise en œuvre d’un budget pluriannuel axé sur les résultats. Autant de chantiers techniques dont la réussite dépendra moins des serments prêtés à Kinshasa que de la volonté politique de les mener à bien face aux résistances bureaucratiques et aux tentations du court-termisme. L’histoire récente est jalonnée de réformes financières ambitieuses dont l’élan s’est perdu dans les sables du labyrinthe administratif congolais.
La prestation de serment de ces comptables marque donc un point de départ plus qu’une fin. Elle consacre des individus dans une fonction à haute responsabilité, les liant juridiquement et moralement à une gestion intègre des deniers publics. Le véritable test, cependant, se jouera désormais sur le terrain, dans la quotidienneté de la gestion des fonds de l’État. Les promesses de transparence et de rigueur, aussi solennelles soient-elles, seront-elles tenues lorsque les pressions politiques et les urgences clientélistes se feront sentir ? La modernisation des finances publiques est un marathon, dont la cérémonie de ce jeudi n’est que la première ligne de départ. Le ministre Doudou Fwamba et son administration ont réussi l’étape symbolique. Ils devront maintenant prouver que cette réforme n’est pas un feu de paille, mais bien l’embrasement contrôlé et durable d’une nouvelle gouvernance financière pour la RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
