En plein cœur de la commune de Selembao, une matinée politique organisée par l’Union pour la démocratie et le développement du Congo (UDDC) a servi de tribune à son président national, Charles Bamana, pour réaffirmer une ligne idéologique centrée sur le développement à la base. Face à un parterre de jeunes, le leader politique a martelé l’urgence de soutenir des projets générateurs de revenus, présentant cette approche comme le sésame indispensable pour sortir le pays de l’ornière. Cette prise de parole, dans le cadre de l’Union sacrée pour la Nation, interroge autant qu’elle séduit : une stratégie de petits pas peut-elle véritablement infléchir la trajectoire d’un Congo confronté à des défis monumentaux ?
Le discours de Charles Bamana à Selembao repose sur un postulat simple, presque tautologique : le développement national ne saurait émerger sans un épanouissement local. En prônant la mise en place de micro-projets portés par la jeunesse, le président de l’UDDC esquisse une forme de populisme pragmatique. « Nous n’allons pas attendre des millions pour commencer le développement, car nous commençons avec de petits projets », a-t-il déclaré, dessinant les contours d’un parti qui se veut l’auxiliaire terrain du Chef de l’État. Cette rhétorique de l’action immédiate, dénuée d’attentes pharaoniques, cherche visiblement à capter un électorat frustré par les promesses non tenues et les grands plans restés lettre morte. L’UDDC se positionne ainsi en fer de lance d’un accompagnement concret, évoquant des plaidoyers pour des quartiers propres à Kinshasa ou des interventions dans les ravins via des « moyens de subsistance » accordés aux jeunes. Une formule qui mise sur l’empowerment communautaire, mais qui soulève une question essentielle : cette multiplication d’initiatives locales, si louable soit-elle, peut-elle pallier l’absence d’une vision macroéconomique cohérente et d’institutions étatiques fortes ?
La matiNée politique Selembao a également été l’occasion pour Charles Bamana de replacer son plaidoyer pour les projets générateurs de revenus dans un cadre plus large, celui de la paix et de la cohésion nationale. Il a insisté sur la nécessité de consolider tout projet de développement par le retour de la stabilité et de l’unité. « Nous prêchons pour un Congo qui vit de ses ressources, un Congo en paix, et nous prêchons pour la stabilité des institutions », a-t-il affirmé. Ce triptyque – développement, paix, stabilité institutionnelle – forme le credo de l’UDDC. Cependant, le leader n’a pas éludé les menaces externes, dénonçant avec véhémence « l’agression imposée aux Congolais pour leurs richesses du sol et du sous-sol ». Un discours qui, s’il sonne juste aux oreilles d’une population éprouvée par les conflits, interpelle par son appel à l’autosuffisance. Bamana a en effet appelé les Congolais à « se prendre en charge, à faire preuve d’unité et à ne pas compter sur la communauté internationale » dans cette guerre jugée « injuste ». Cette rhétorique souverainiste, teintée de défiance envers la scène internationale, est un classique du jeu politique congolais, mais elle place la barre très haut pour des citoyens souvent laissés pour compte.
L’idéologie que Charles Bamana propose de diffuser à l’UDDC est ambitieuse : former des « citoyens modèles » préoccupés par leur développement mental et leur bien-être, ancrés dans leur société. « À l’UDDC, nous nous intéressons au développement de l’homme là où il vit », a-t-il précisé. Cette focalisation sur l’humain et le local est séduisante sur le papier. Elle répond à une critique récurrente des politiques de développement trop verticales et déconnectées des réalités du terrain. Pourtant, on peut s’interroger sur la capacité d’un parti, membre d’une coalition gouvernementale comme l’Union sacrée, à transformer cette philosophie en actions tangibles à grande échelle. Le développement à la base prôné par l’UDDC risque-t-il de n’être qu’un alibi pour masquer l’incapacité de l’État à fournir des services publics de base ? Ou constitue-t-il, au contraire, la seule voie réaliste dans un contexte de ressources limitées et de gouvernance fragmentée ?
En définitive, la sortie de Charles Bamana à Selembao met en lumière une stratégie politique qui joue sur deux tableaux. D’un côté, un ancrage local fort, via l’appui à des projets générateurs de revenus, visant à asseoir une légitimité de proximité. De l’autre, un discours national structurant sur la paix, la souveraineté et la stabilité, qui ambitionne de projeter l’UDDC comme une force patriotique et responsable. Le pari est audacieux : convaincre que l’accumulation de micro-réalisations peut engendrer un macro-changement. Les prochains mois seront cruciaux pour l’UDDC. Il lui faudra démontrer que ses « petits projets » à Selembao et ailleurs produisent des effets concrets et mesurables, sous peine de voir son discours sur le développement à la base perçu comme un simple vœu pieux dans le paysage politique congolais, déjà saturé de promesses. La réussite ou l’échec de cette approche pourrait bien redéfinir les rapports de force au sein de l’Union sacrée et au-delà.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
