Depuis le 1er janvier 2026, la République démocratique du Congo occupe l’un des dix sièges non permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Son mandat de deux ans, couvrant les années 2026 et 2027, est le fruit d’une élection remportée avec une large majorité de 183 voix sur 187 lors de la 79e session de l’Assemblée générale. Ce résultat, perçu comme une validation de sa stature internationale croissante, marque un tournant significatif pour la diplomatie congolaise.
Comment une telle ascension a-t-elle été possible ? Elle s’inscrit dans le sillage d’une campagne électorale acharnée de près de six mois et d’une série de succès diplomatiques récents. La communauté internationale avait déjà salué, en 2025, l’adoption de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, considérée comme une feuille de route pour pacifier l’Est du pays. Puis vint la signature, sous médiation américaine, de l’Accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda. Ces avancées, bien que fragiles, ont démontré l’engagement de Kinshasa à rechercher des solutions durables aux conflits qui minent la région des Grands Lacs.
Lors d’une cérémonie d’échange de vœux au Palais de la Nation fin janvier 2026, le corps diplomatique accrédité en RDC a unanimement célébré cette victoire. L’ambassadeur du Maroc et doyen du corps diplomatique à Kinshasa, Rachid Agassim, a souligné que cette élection « traduit la confiance placée en votre pays par les États membres des Nations Unies ». Il a réaffirmé le soutien entier de la communauté diplomatique à la mission que la RDC s’apprête à accomplir. Cette élection au Conseil de sécurité s’accompagne d’une autre responsabilité majeure : la vice-présidence de l’Assemblée générale de l’ONU, confirmant le rôle multidimensionnel que joue désormais le pays sur la scène multilatérale.
Sur le plan continental, l’influence de la RDC se consolide également. Le pays assure depuis peu la présidence de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs pour un mandat de deux ans, après avoir accueilli avec succès son 9e sommet à Kinshasa en novembre 2025. Cette position lui offre une plateforme cruciale pour impulser des réformes institutionnelles, renforcer la coopération judiciaire et lutter contre l’exploitation illicite des ressources naturelles, des enjeux au cœur de l’instabilité régionale.
Concrètement, que signifie ce mandat de membre non permanent au Conseil de sécurité pour la RDC ? Aux côtés de Bahreïn, de la Colombie, de la Lettonie et du Libéria, dont les drapeaux ont été hissés simultanément au siège new-yorkais, la RDC intègre l’organe onusien le plus puissant. Bien que ne disposant pas du droit de veto réservé aux cinq membres permanents, elle participera pleinement à tous les votes et négociations. Sa voix pèsera dans l’établissement des mandats de maintien de la paix, la mise en place de régimes de sanctions et le cadrage des réponses aux crises internationales.
Particulièrement stratégique est son intégration au groupe dit « A3 », qui rassemble les trois États africains siégeant au Conseil à un même moment. Avec le Libéria, la RDC devra coordonner ses positions avec le troisième membre africain et servir de relais fidèle des positions communes de l’Union africaine. Ce rôle de porte-parole du continent sera déterminant pour des dossiers sensibles, qu’il s’agisse des crises au Sahel, dans la Corne de l’Afrique ou, bien entendu, des efforts de paix dans l’Est congolais. La RDC pourra-t-elle exploiter cette tribune pour accélérer la résolution du conflit sur son propre territoire ?
Les attentes sont immenses, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cette présence au Conseil de sécurité offre une opportunité historique de plaider pour une approche renouvelée de la sécurité collective, plus attentive aux réalités africaines. Elle confère également à la diplomatie congolaise une responsabilité accrue : celle de démontrer que son engagement pour la paix et la stabilité est à la fois crédible et constant. Alors que les processus de paix de Washington, de Doha et ceux pilotés par l’Union africaine se poursuivent, le mandat de la RDC à l’ONU pourrait apporter le levier politique nécessaire pour transformer les cessez-le-feu en paix durable.
L’entrée de la République démocratique du Congo au Conseil de sécurité n’est donc pas une fin en soi, mais le début d’un chapitre exigeant. C’est la concrétisation d’une reconnaissance diplomatique et le début d’une épreuve de vérité pour la politique étrangère congolaise. Les deux années à venir révèleront si Kinshasa peut traduire cette position d’influence en résultats tangibles pour sa population et pour un continent en quête de stabilité.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
